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13 Juil 2021 | Trafic
 

Dix personnes issus de la communauté des gens du voyage, soupçonnées d’une dizaine de braquages de camions de fret pour un préjudice évalué entre 5 et 10 millions d’euros ont été interpellées dans la nuit des 8 au 9 juillet en Île-de-France par la Police judiciaire, selon Le Parisien.

Et il est déjà établi que des attaques de camions de livraison tabac comptent parmi les forfaits de ce gang spécialisé (voir 27 et 19 février).

•• C’est une affaire de famille. Père, fils, frères, cousins … tous issus de la communauté des gens du voyage, ils s’étaient spécialisés depuis des années dans le « vol de fret de produits à forte valeur ajoutée » : maroquinerie de luxe, téléphonie, cartouches de cigarettes … Des cargaisons qui se vendent très cher et facilement sous le manteau.

Proche du clan de Michel Lepage, figure du grand banditisme des années 90, dont le fils Serge, caïd de la banlieue sud, est tombé en janvier 2009 sous les balles au volant de sa voiture dans l’Essonne, cette famille élargie était sous surveillance de la police depuis plusieurs semaines, écoutée et suivie de près.

•• Dix personnes au total ont été interpellées dans la nuit de jeudi à vendredi par les policiers de l’Office central de Lutte contre le Crime organisé (Oclco) qui dirigeait l’enquête en co-saisine avec la Direction interrégionale de la Police judiciaire de Versailles et les Directions territoriales de la Police judiciaire de Rouen et Angers.

Une opération policière de grande envergure qui a rassemblé également les hommes du Raid et des Brigades de Recherche et d’ Intervention (BRI) de Creil, Angers et Rouen et ceux de la BRI nationale, renforcés par les agents de la Direction départementale de Sécurité publique (DDSP) du Val-d’Oise et de la Seine-et-Marne, missionnés pour sécuriser les abords de certains lieux d’interpellation sensibles, proches de certains camps de gens du voyage.

•• Deux cents policiers au total étaient sur le pied de guerre depuis lundi dernier pour accomplir cet important coup de filet coordonné mais reporté à trois reprises à cause des sorties nocturnes de certains malfrats de l’équipe.

« Ils étaient en train de préparer un nouveau coup et sortaient chaque nuit pour effectuer des repérages et voler des véhicules » raconte une source proche du dossier.

Les arrestations ont finalement eu lieu dans la nuit du 8 au 9 juillet dans de nombreuses communes d’Île-de-France, principalement dans l’Essonne à Linas et Saint-Michel-sur-Orge, dans le Val-d’Oise à Louvres, Goussainville et Le Thillay et à Lognes en Seine-et-Marne. Les enquêteurs sont intervenus dans des « maisons en dur », selon l’expression utilisée par les gens du voyage sédentarisés.

En l’occurrence des pavillons parfois avec piscine dans lesquels les policiers ont mis la main sur le parfait attirail des voleurs de fret : cagoules, vêtements noirs, jeux de fausses plaques d’immatriculation, brouilleurs d’ondes, gyrophares, valise électronique pour voler les véhicules par le biais de boîtiers OBD… Lors des perquisitions cinq véhicules volés dont deux camions utilitaires, deux tracteurs de remorques et une berline rutilante ont été saisis.

Dans cette « voiture de guerre » selon l’expression d’un policier, un jerrican rempli d’essence dans le but d’incendier plus tard le véhicule volé, a notamment été retrouvé.

•• L’équipe familiale composée pour la plupart de quadragénaires et quinquagénaires appartenant au grand banditisme avait de longue date ciblé le fret et les entrepôts. Plusieurs d’entre eux, multirécidivistes, étaient déjà tombés, notamment en 2014 pour la dernière fois, interpellés déjà par les hommes de l’OCLCO pour des faits identiques.

« Les attaques de fret de luxe s’étaient calmées dans la région mais depuis un an et demi environ, date approximative de sortie de prison de certains, tout avait recommencé de plus belle » rapporte une source proche du dossier. Une dizaine d’attaques environ est imputée à la famille.

En février 2020, c’est un camion transportant des cigarettes qui est braqué à Amiens (Somme) ; en juillet de la même année, en Seine-et-Marne, c’est un véhicule avec du matériel Apple ; puis à nouveau des cigarettes, en août, toujours en Seine-et-Marne ; puis encore du matériel Appel, en septembre….

En mars 2021, tout recommence, dans le Val-d’Oise, avec de la téléphonie ; puis en en avril dans la Vienne et en mai, dans la Sarthe, avec des cigarettes.

Un préjudice total évolué entre cinq et dix millions d’euros par les enquêteurs.

•• L’équipe discrète et bien rodée, opérait essentiellement la nuit et à l’aube. « Le jour J, ils sortaient séparément chacun de chez soi, tout de noir vêtu, se retrouvaient à un point de rendez-vous pour se rendre sur les lieux en berline volée faussement plaquées et à bord de tracteurs remorques ou de camions pour transporter la marchandise volée. Les attaques se faisaient en commando, au moment du départ des camions en Île-de-France ou en province. Des opérations toujours menées sous la protection d’un brouilleur d’ondes et avec des talkies-walkies. « Une fois la marchandise dérobée, les malfrats la transportaient à bord de camions volés, la mettaient à l’abri puis repartaient dans leurs « voitures de guerre », faussement immatriculées, pour rentrer chez eux, ni vus, ni connus » rapporte la même source.

Une enquête préliminaire avait été ouverte en juin 2020 par le parquet de Paris notamment pour « association de malfaiteurs en vue de commettre des vols en bande organisée », « vol et recel de vols de véhicules en bande organisée ». L’affaire s’était ensuite poursuivie sur commission rogatoire d’un juge de la Juridiction interrégionale spécialisée (Jirs) de Paris. Les malfaiteurs devraient être déférés, ce début de semaine, devant un juge en vue de leur mise en examen.