Remarquable, ce reportage au cœur de la Brigade de Surveillance intérieure des Douanes à Frouzins (près de Toulouse / voir 19 et 8 juin), signé Jean Cohadon dans La Dépêche du Midi.
30 femmes et hommes, dont deux maîtres-chiens en première ligne pour traquer le tabac de contrebande ou les stupéfiants. Extraits.
•• Alors que les équipes du matin partent en patrouille. Celles de la nuit savourent. « On a repéré une voiture et on a voulu la contrôler dans le nord de Toulouse. Le conducteur a grillé le contrôle … »
L’homme au volant a foncé. Cette « opposition de fonction » n’est pas allée très loin « avec les pneus crevés par les stop-sticks, il a percuté un muret … ». Le fuyard a réussi à disparaître. Son passager, mineur, a été arrêté. Dans leur utilitaire, 49 kilos de tabac.
Mines fatiguées après une nuit de travail, quatre douaniers réalisent les scellés. Trois paquets de chaque marque choisis parmi les 249 cartouches saisies. À l’arrière de la brigade, la voiture des contrebandiers a rejoint deux semi-remorques « notre garage de saisies », indique Stéphanie M. inspectrice des douanes qui dirige la brigade. Dès qu’ils servent à passer des produits interdits, les véhicules sont saisis (…)
•• Ce matin de juillet, le jour se lève à peine et ils scrutent déjà les voitures entre Ariège et Haute-Garonne. « On se glisse dans le trafic et on observe (…) Il faut être réactif, changer ses habitudes, ses modes de réaction », estime Stéphanie M. « nos clients aussi s’adaptent. »
En plein confinement, au volant d’une voiture siglée EDF, un conducteur passait des cigarettes. À Auterive, une famille a fait l’objet d’une vérification. Une vingtaine de cartouches et la proposition d’une transaction. Couple et adolescent ont préféré tout abandonner, même la voiture ! « Elle n’est pas à eux », a souligné une douanière, fataliste.
À Pamiers, sept personnes descendent d’un monospace fatigué. Les douaniers fouillent, démontent même une portière « bizarre ». Rien. « Des clients probables … Il n’y avait plus de mousse dans l’habitacle. Ils doivent passer des clopes mais pas cette fois ». Les douaniers reprennent la route. D’autres vérifications sans saisie.
« On ne gagne pas à chaque fois » prévient Stéphanie M., « mais jamais on ne se décourage ».
•• Difficile de parler chiffres avec les douanes, à Frouzins comme ailleurs : « ils progressent » estiment les douaniers de la BSI. Le mois dernier, en l’espace de trois jours, sur les routes près de Toulouse ou en gare Matabiau, ils ont saisi 5 500 paquets de cigarettes de contrebande. Dans la même période, plus haut dans la montagne, leurs collègues ont intercepté un chargement de 8 000 paquets (voir 19 juin).
« Au niveau du tabac, pour 2021, les saisies s’annoncent sous les meilleurs auspices », répond, officiellement, la Direction interrégionale de la Douane. En 2020, l’unité de Frouzins a saisi près d’une tonne de tabac (3,4 tonnes pour la Direction régionale de Toulouse).
De bons résultats que les douaniers veulent confirmer. Avec un nouvel atout : des renforts arrivés des aéroports de Paris. « Des terminaux sont fermés à Roissy. On m’a proposé de venir dans le Sud-Ouest » confie un renfort originaire d’Agen, « le travail est différent, vraiment intéressant ». Cinq agents des aéroports complètent la BSI de Frouzins. Un plus jusqu’à la fin de la crise sanitaire.