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2 Mar 2025 | Profession
 

Daprès les spécialistes du cigare / civettes (de moins en moins nombreux) à Lyon, il ny a jamais eu autant de marques et de variétés de cigares sur le marché que ces quinze dernières années.  Auprès de qui ont-ils encore la côte et où se retrouvent-ils pour fumer ? Enquête du Progrès .

•• Valéry de Guisa est depuis 20 ans propriétaire de la « Civette du Pharaon », dans le 6ème arrondissement de Lyon. Mais depuis l’interdiction de fumer dans les bars, ainsi que celle, de plus en plus présente, de ne pas fumer un cigare en terrasse, « les affaires ne sont plus aussi bonnes quavant », estime le commerçant.

Pour se diversifier, en pleine période Covid, il a refait sa boutique pour y créer une cave à vin. S’il tient encore la Civette, « cest pour mes clients fidèles, plus que pour les nouveaux qui viennent occasionnellement et ont moins de pouvoir dachat ».

Il se souvient avec nostalgie : « Michel Noir, (maire de Lyon de 1989 à 1995) et ses homologues de la banlieue lyonnaise étaient des clients réguliers de la Civette. Dans la boutique, jorganisais des soirées dégustations. Aujourdhui, mon fumoir est réservé à quelques amis, la législation est passée par là ».

•• Il y a une bonne dizaine dannées pourtant, « le marché s’était bien relancé », indique Andréa Quagliatini, plus optimiste que son collègue. En 2016, à l’âge de 28 ans, il a repris, avec sa mère Lucie, la cave à cigares « Le Diplomate » (Lyon 2ème). 

« À cette époque, nous avons vu arriver sur le marché, des cigares du Nouveau monde : Nicaragua, Honduras, République dominicaine. Des cigares aux arômes grillés, plus floraux, plus fruités, plus végétaux que les cigares de Cuba, très boisés. Beaucoup moins chers aussi et qui nont pas tardé à trouver des amateurs auprès dune plus jeune génération ». Ils les voyaient dans les clips de rap, les nombreux groupes dédiés sur les réseaux sociaux et les films de narcotrafiquants.

Autre argument : le prix des cigarettes qui s’est envolé ces dernières années. « Aujourdhui, nombreux sont ceux qui préfèrent fumer moins, mais fumer mieux et pour des occasions festives », poursuit le commerçant, qui ne se plaint pas de ses affaires. Quant à la gent féminine, « elle ne constitue que 7 à 8 % de notre clientèle », conclut Andréa Quagliatini.

•• Commerçant est aussi chef d’entreprise Valéry de Guisa. La dernière à fabriquer des cigares « made in France », made in Saône-et-Loire plus précisément, puisquil est implanté à la Chapelle de Guinchay (15 kilomètres de Mâcon).

Cette entreprise, qu’il a rachetée en 2011, « ne produit plus depuis mai dernier. Nous écoulons notre stock. Car lEurope veut nous imposer un nouveau système de traçabilité. Comme il est assez coûteux, je me demande vraiment si cela vaut le coup dinvestir. »

Fermer « La Casa de Francia » ? « Pas pour linstant, répond son patron, « mais aujourdhui je ne fais plus travailler quun seul rouleur alors qu’à une époque, nous livrions l’Élysée, lAssemblée nationale, car Jacques Chirac aimait beaucoup nos cigares, estampillés Edito ! Nous avions jusqu’à près de 200 000 cigares en stock. C’était une autre époque ! ». (Voir aussi 21 mai 2024)