Auteur de la préface du livre du journaliste anglais Johann Hari « Chasing the scream » (« La brimade des stups » dont la traduction française sort en librairie ce jeudi 21 avril), le pneumologue Bertrand Dautzenberg était l’invité de Jean-Jacques Bourdin sur RMC Info ce mercredi. Sujet : l’assemblée extraordinaire de l’ONU actant l’échec de la guerre contre les drogues à travers le monde (voir Lmdt du 20 avril).
• « La répression, ça ne marche pas » a défendu le professeur, restant sur sa ligne d’une certaine forme de dépénalisation du cannabis (voir Lmdt des 14 et 28 janvier). « La guerre contre la drogue a été déclaré en France en juillet 1916. Cela va faire cent ans, ça ne marche pas et il y a de plus en plus de consommateurs, de cannabis en particulier. Et que les politiques gardent les mains dans les poches en regardant cette augmentation et en disant « c’est terrible ». Il y a un moment où il faut changer de politique. Les responsables politiques ont beaucoup de mal à se mettre au niveau de la jeunesse …
« Quand on légalise une substance, on diminue la consommation. Ainsi, la dépénalisation complète au Portugal n’amène pas plus de personne à se droguer. Il n’y a pas de publicité et personne ne part se droguer au Portugal … En France, les drogués sont isolés. Et plus on est isolé plus on part au djihad et plus on consomme …
« Le livre – trois ans de voyage autour du monde dans les deux camps – montre que les dealers aiment la répression. Plus il y a de répression, plus le marché se porte bien. Et, en France, on a une politique qui encourage le deal, les trafics … Regardez depuis la loi Evin, la consommation de tabac a baissé de 50 % et celle de l’alcool de 20 % …
• Étonnement de Jean-Jacques Bourdin : « il y a aussi de la répression dans la loi Evin, avec toutes les interdictions ? »
• Réponse embarrassée de Bertrand Dautzenberg : « on a joué aussi sur le prix et l’interdiction de publicité … On peut faire de la santé publique, sans faire de la répression. Il n’est pas question que le cannabis soit vendu à tous les coins de rue, mais dans des pharmacies, chez les buralistes ou dans d’autres boutiques, le tout contrôlé et à un prix fixé par l’Etat».




