Thierry Meyronin, président de la fédération de l’Isère (et administrateur de la Confédération) réagit, au côté de ses collègues, face à la récente vague de braquages dans le département (voir 26 décembre et ci-dessous).
« Tant que les pouvoirs publics ne comprendront pas qu’augmenter le prix du tabac fait flamber les trafics et l’insécurité ! » s’indigne-t-il dans un interview au Dauphiné Libéré.
• Dauphiné Libéré : Quatre bureaux de tabac ont été braqués en moins d’une semaine en Isère. Est-ce ponctuel ?
•• Thierry Meyronin : L’an dernier, le nombre de braquages et cambriolages de buralistes a augmenté de 10 % et la valeur des indemnisations de 30 % en France. En Isère, on en est à plus d’une vingtaine de faits depuis le début de l’année, avec des braquages, des vols, des voitures-béliers … Avec l’augmentation du prix du tabac, c’est de plus en plus violent.
Je connais une buraliste qui ne s’est toujours pas remise de ses deux braquages en dix ans … Mais qui va au boulot le matin en se disant : qu’est-ce qui va m’arriver aujourd’hui ? C’est notre quotidien. Darmanin nous avait dit que la peur allait changer de camp. Mais elle est toujours du même côté.
• Dauphiné Libéré : Comment les buralistes peuvent se protéger ?
•• Thierry Meyronin : On ne garde pas d’argent. On tente de repérer les gens qui nous semblent louches. On s’équipe de rideaux de fer, de caméras de télésurveillance, de générateurs de brouillards, de systèmes d’appel … On est mieux que les banques, mais à leur différence, on ne peut pas dématérialiser ce qu’on vend. On recommande de rester cool pour ne pas risquer de prendre une balle. Mais vous ne savez pas ce qui peut arriver ni sur qui vous pouvez tomber.
• Dauphiné Libéré : Ce sont les cigarettes qui intéressent les malfaiteurs ?
•• Thierry Meyronin : Le marché parallèle se nourrit de trois façons. La première, ce sont les braquages et les cambriolages.
Il y a aussi les usines clandestines. Six ont été fermées en France et l’une d’entre elles dans la Drôme. Mais combien en reste-t-il ? Il faut savoir qu’une presse à tabac, c’est un coût de plusieurs centaines de milliers d’euros. Et ce trafic intéresse le grand banditisme. Le troisième système, ce sont les navettes qui franchissent les frontières. En France, quand la cartouche de cigarettes est aux environs de 125 euros, elle est vendue 50 euros en Espagne …
• Dauphiné Libéré : Qu’attendez-vous des pouvoirs publics ?
•• Thierry Meyronin : Il faut une vraie politique de santé, mais arrêter d’augmenter le prix du paquet de cigarettes. Notre député devenu ministre de la Santé, Yannick Neuder, voulait l’amener à 16 euros dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2025 (voir 24 décembre). Ça n’a pas été retenu. Mais pour nous, toute hausse des prix du tabac renforce l’insécurité.




