La Voix du Nord consacre régulièrement des zooms sur les difficultés des buralistes dans la région (voir Lmdt des 17 novembre et 24 octobre 2015). Dans ses éditions du vendredi 11 mars, le quotidien a mené une double enquête. En milieu rural dans le Pas-de-Calais, où les commerçants survivent coûte que coûte pour maintenir un service à la population. En milieu urbain, dans la communauté lilloise où la liste des fermetures s’allonge. Dure réalité.
À quelques encablures de Bercq dans le Pas-de-Calais …
• À leur arrivée en 2001 à Buyres-le-Sec (796 habitants), « Anne et Bernard Gillarès ont transformé l’épicerie exiguë du café-tabac en supérette multiservices. On trouve ici des produits frais, un coin presse et un dépôt de pain. Mais le couple est lucide : « on travaille pour rien. L’épicerie n’est pas rentable. On le sait, qu’on est seulement des dépanneurs. Mais il faut aussi nous aider pour qu’on reste ouvert. Quand on sera fermé, il sera trop tard ».
« Le couple cherche sans cesse à diversifier l’activité. En plus des jeux, leur commerce est devenu un point relais colis. « 90 % des gens qui entrent pour prendre leur colis ne font aucun achat ». Anne et Bernard constatent toujours une baisse de la fréquentation du tabac. « Il n’y pas de mystère, il faut faire travailler les petits commerces pour les préserver. Je pense qu’on est d’utilité publique ».
• À Maintenay (395 habitants), « voilà quinze ans que Serge Vignon et sa femme ont repris le café-tabac et épicerie « La Cache aux péqueux ». Ces dernières années, la fréquentation baisse : « on est uniquement une épicerie sèche car on n’a pas assez de passage. Mais c’est indispensable pour le village … C’est le pot de terre contre le pot de fer. Les produits vendus dans les centrales de distribution réservées aux petits commerçants sont plus chers hors taxe que les produits TTC vendus dans les grandes surfaces. Ce n’est pas normal. Après on entend dire que les épiciers sont des voleurs. » Depuis six ans, le couple a également constaté une chute de 40 % de la vente de tabac. La Cache aux péqueux c’est aussi des articles de pêche et des bonbons pour les enfants. Et ça, c’est une valeur sûre : « Les bonbons, c’est ce qui marche le mieux ! ».
Dans la communauté urbaine de Lille, fermeture à Lesquin (le Café du Stade) fin 2015 ; une autre fermeture à Templeuve (début 2016) ; une mise en vente à Ronchin …
À Lesquin encore, une institution emblématique (Le Moulin de Lesquin) a fermé ses portes fin janvier : tabac, coin presse, bar, brasserie et même des chambres d’hôtel à louer au mois. « On y vendait du tabac depuis 1900 ; Pierre et Carole tenaient l’établissement depuis deux décennies.
« Mais avec la hausse du prix du tabac par rapport à la Belgique et la crise, notre clientèle a diminué », reprend Pierre, Cette baisse de fréquentation a forcément eu un impact sur toutes les activités. Quand on ne vient pas acheter de cigarettes, on ne prend plus de café, ni de journal ».
« Il valait mieux vendre maintenant. De toute façon, je ne la sentais pas cette année 2016 », souffle-t-il, l’arrivée du paquet de cigarettes neutre a fini de convaincre le couple à l’approche de la cinquantaine que leur avenir était ailleurs ».




