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10 Mar 2026 | Profession
 

Avant les élections municipales, « Le Monde » raconte le quotidien d’une ville moyenne, à travers les préoccupations, les problèmes et les plaisirs de ses habitants. En passant par Montargis, le quotidien évoque les buralistes d’origine chinoise (dans son édition du 7 mars).

Michel Levan, de son nom de naturalisé français – choisi en hommage au Français qui l’avait aidé dans ses démarches administratives – arrive un jour à Montargis et s’y installe. Ce Chinois de 59 ans, venu vivre et travailler en 1984 en France – à Paris et en Seine-et-Marne -, ne connaissait pas l’existence de Montargis. « J’ai décidé d’y faire un tour et, là, j’ai trouvé un bar-tabac à vendre. J’ai sauté sur l’occasion. » C’était en 2024.

Son établissement, La Terrasse, est un bar-tabac-PMU-FDJ. Sur les huit établissements de ce type que compte Montargis, selon nos décomptes, quatre sont tenus par des commerçants chinois ou d’origine chinoise.

À Villemandeur, commune voisine, un autre bar-tabac-jeux, dont le gérant est chinois, s’est vendu 1,2 million d’euros. Le phénomène ne doit rien au tropisme chinois de Montargis ; c’est le cas dans toute la France. Au point qu’il alimente le soupçon, réel ou supposé, de financements occultes pour l’acquisition de ces commerces.
« Les tontines [système de financement et de crédit communautaire parallèle], ça existait quand je suis arrivé en France, c’est sûr, raconte Michel Levan. On n’avait pas le choix. Mais c’est bien fini. La nouvelle génération veut pouvoir faire passer ses crédits bancaires en frais généraux. »

La « nouvelle génération », c’est Victor, 27 ans, le plus jeune des trois fils de Michel Levan, qui travaille avec lui à La Terrasse, et en héritera. Les deux autres vivent à Paris : l’aîné, François, travaille chez Chanel, et le cadet, Fabien, est chef de clinique de réanimation à l’hôpital Cochin.

« Mon premier bar-tabac, je l’ai acheté à Meaux (Seine-et-Marne), en 2004. Il appartenait à un Auvergnat, son fils avait fait des études, il ne voulait pas reprendre l’affaire. C’est comme ça, la nouvelle génération ne veut plus faire ce métier. C’est trop dur. Il faut passer toute la journée debout, de 7 heures à 21 heures, rester souriant malgré les casse-couilles, ne pas s’énerver… », explique Michel Levan.

Le commerçant a ses astuces pour gérer les ivrognes et les mauvais payeurs : « Il ne faut jamais dire “maintenant, ça suffit”. À ceux qui sont ivres, je dis : “Tu es fatigué, il faut rentrer.” Et à celui qui perd trop d’argent, je dis : “Arrête, la chance n’est pas avec toi aujourd’hui, ça ne sert à rien d’insister.” »

« Les riches, ils ne jouent pas, ils ne fument pas. Nous, on vend de l’espoir, du rêve et de la fumée. » À La Terrasse, comme ailleurs à Montargis, on trouve le même public masculin d’origine immigrée, surtout des manœuvres et des ouvriers qui viennent dépenser leur paye en espérant toucher le gros lot : « Le bar ne rapporte pas trop, les gens prennent surtout des cafés. Le PMU, ça vivote. Le tabac est en chute à cause du prix des cigarettes. Il ne reste que les jeux qui marchent bien. » Les tickets à gratter continuent d’apporter leur petite dose d’adrénaline. À La Terrasse, un gagnant du Loto a touché 111 146 euros le 1er février 2025. Tournée générale.