Quand la disparition précipitée du menthol annonce un nouveau choc du marché.
On sait qu’en l’état, le projet de loi Santé de Marisol Touraine, adopté en première lecture par l’Assemblée nationale (voir Lmdt des 3 et 7 avril), contient bien d’autres menaces pour la filière tabac que l’instauration du paquet neutre dont l’efficacité sur le plan de la santé publique n’est toujours pas prouvée.
Parmi ces autres menaces, l’une est majeure : la suppression du menthol, dès maintenant, en France (voir Lmdt du 3 juin). Ce qui s’avère en contradiction complète avec la nouvelle Directive tabac européenne qui autorise les cigarettes mentholées jusqu’à mai 2020 (en tant que produit du tabac contenant un arôme caractérisant particulier et dont le volume des ventes représente 3 % à l’échelle européenne).
Or, le marché du menthol n’est pas anecdotique. En particulier pour les buralistes.
•• Au préalable, rappelons que pour « mentholer » une cigarette, plusieurs techniques existent : la mentholisation pouvant s’opérer au travers du papier, du filtre ou encore par l’ajout d’une capsule dans le filtre de la cigarette.
Cela contribue à mettre sur le marché plus de 4 milliards de cigarettes (9 % du marché total) s’adressant à pratiquement 1 million de consommateurs. Tous les principaux fabricants y sont présents.
Ce qui représente 1,1 milliard d’euros de recettes fiscales. Et à peu près 120 millions d’euros de revenus pour les buralistes.
Or, la disparition immédiate du menthol supposerait un bouleversement conséquent de tous ces chiffres : de par le comportement particulier des fumeurs de menthol. Et toujours sans le moindre bénéfice, sur le plan de la santé publique. Car contrairement aux idées reçues, les cigarettes menthol ne sont pas un produit de jeunes, venant au tabac par ce biais : 8 % des nouveaux fumeurs commencent avec le menthol (soit moins que la part du marché lui correspondant). Et la moyenne d’âge des fumeurs de menthol est d’un peu plus de 40 ans.
•• Explications sur le comportement de ces fumeurs :
– Ce sont des fumeurs particulièrement fidèles au menthol : d’après les études, plus de 95 % des consommateurs qui fumaient des cigarettes menthol en tant que marque principale, il y a un an, continuent à le faire (dans la mesure où ils fument encore). Explicitement, pour des raisons de goût.
– Ces fumeurs ne sont guère disposés à changer : moins de 20 % d’entre eux fument, à l’occasion, des « cigarettes classiques ». C’est vraiment peu.
– Ces fumeurs sont prêts à se déplacer pour « leurs cigarettes »: prés de 45 % d’entre eux déclarent aller chez un autre buraliste, s’ils ne trouvent pas leurs menthols de prédilection chez leur débitant habituel. Un phénomène que l’on ne retrouve sur aucun autre segment du marché des cigarettes.
– Les fumeurs de menthol sont les plus attachés au réseau des buralistes : pour les raisons de fidélité évoquées plus haut, ce sont les consommateurs de tabac qui déclarent avoir le moins tendance à aller sur le marché parallèle …
… Jusqu’à maintenant.
Que va-t-il advenir quand le menthol sera interdit sur le marché français et nul part ailleurs dans l’Union européenne ?
Poser la question, c’est y répondre.
Les fumeurs de menthol iront exprimer leur fidélité ailleurs et autrement.




