Quelle est la solution pour lutter contre le tabagisme : interdire ou prévenir ? Est-ce envisageable en France ? Trente minutes de débat contradictoire – animée par Wendy Bouchard sur Europe 1, ce vendredi 24 avril – pendant lesquelles la journaliste Martine Perez (auteur du livre « Interdire le tabac : l’urgence » publié en 2012) a défendu la prohibition face à Cyrille Geiger (président des buralistes Paris-Nord, administrateur de la Confédération), lequel a démontré que la bonne méthode passait par l’éducation.
• Martine Perez campe sur les positions de son livre (voir Lmdt des 8, 21 et 28 mai 2012) : on interdit bien des produits (OGM, bisphénol, antennes-relais) moins dangereux que le tabac, il faut prendre des mesures qui vont permettre de l’interdire progressivement « comme l’ont fait la Finlande, la Nouvelle-Zélande, l’Australie … pour rendre le tabac moins accessible, moins sexy pour les jeunes, pour réduire progressivement la demande et donc l’offre ».
• Cyrille Geiger lui oppose immédiatement : « s’il faut faire baisser la prévalence tabagique, c’est par la prévention, c’est par l’éducation ». Exemple récent à l’appui : l’étude Escapad sur les addictions des 17 ans, parue cette semaine (voir Lmdt du 21 avril) : « il y a un ado sur deux qui a consommé du cannabis. Là c’est interdit, là il n’y a pas de paquet sexy … Il y a juste une volonté d’aller contre les règles. On doit plutôt repenser la façon dont vit notre société. Et cela passe par la prévention plutôt que par les interdits, que cela soit sur le tabac ou les autres produits ».
• Martine Perez, plus « souple » que d’habitude, acquiesce : « bien sûr que je ne suis pas contre la prévention» mais remonte au créneau « elle doit s’accompagner de stratégies qui rendent de moins en moins sexy : paquet caché, paquet moche, hausse du prix, amende élevée quand on vend aux mineurs ».
• Cyrille Geiger ne cède pas lors de la question : « quelle est la bonne méthode ? ». « On peut considérer que le logo d’une marque est un déclencheur pour les jeunes … Mais, dans nos points de vente, il n’y a que des adultes qui entrent. Et je ne suis pas convaincu que beaucoup d’ados se soient mis à fumer parce qu’ils ont trouvé le paquet sexy. Ils se sont mis à fumer parce qu’il y a une incitation du groupe … L’étude australienne parle d’une baisse de rentrée des taxes de 3 % (au passage, en France, elle est de 7 %), mais on n’a aucune visibilité sur l’efficience en termes de consommation (voir Lmdt du 17 avril). Et, puis, il y a le marché parallèle … L’Australie est une île mais a enregistré une hausse d’un quart des ventes sur le marché parallèle. La France est au carrefour de l’Europe avec sept pays frontaliers qui font du dumping fiscal ».
• « Je ne sais pas si le paquet neutre va marcher. On a beaucoup d’études contradictoires sur l’Australie. Tout ce qui peut réduire la consommation de tabac doit être mis en œuvre … » répond, gênée, Martine Perez qui ne supporte pas que l’on « mélange contrebande et santé publique ».
• « Oui, mais… », rappelle Cyrille Geiger, « il y a un problème d’harmonisation européenne concernant la santé publique. Nous avons une Directive européenne qui va être transposée en mai 2016. Et cette Directive est déjà contrecarrée par Marisol Touraine qui déclare faire de la surenchère. Pourquoi faire des choses dans notre coin, quand on sait que cela va être un échec. Même Marisol Touraine déclare qu’elle ne sait pas si c’est efficace et qu’il faudra augmenter les prix, derrière».
• « Oui, mais … » rétorque Martine Perez, tous les Français se sont bien pliés à l’interdiction de fumer dans les lieux publics alors qu’on prédisait le contraire … « Oui, mais quel impact sur la prévalence ? » lui demande Cyrille Geiger. Faisant remarquer que les données sur le tabagisme indiquent une hausse de la prévalence chez les jeunes à partir de 2008, période à laquelle ces interdictions ont été mises en place.




