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24 Mai 2018 | Profession
 

Marie Pinier, buraliste à Albi, comparaît ce jeudi après-midi à 14 heures devant le tribunal correctionnel face à quatre femmes voilées. De confession musulmane, ces clientes du tabac-presse qui fait aussi point relais, ont porté plainte car elles estiment avoir été discriminées en raison de leur religion (voir Lmdt des 19 et 22 avril). 

La Dépêche du Midi de ce jour fournit un avant-goût des arguments des différentes parties. 

Rappel des faits. La commerçante aurait refusé de les servir au motif qu’elles étaient voilées et comparaît donc pour « discrimination en raison de la religion, refus d’un bien ou d’un service dans un lieu accueillant du public ou pour en interdire l’accès. »

•• Portant un voile non-intégral, Anaïs est la dernière plaignante en date pour des faits remontant à avril. Elle attend de cette audience, « une sanction juste et exemplaire qui montrera que la discrimination n’est pas prise à la légère dans un pays où les droits de l’Homme sont les fondements de la justice française. Il serait bon que ce soit un exemple pour cette minorité de Français qui n’a pas compris la loi et qui pense que le port du voile est interdit dans les lieux publics. Les femmes voilées sont libres de circuler où bon leur semble dans l’ensemble de l’espace public. »

•• Maître Simon Cohen, avocat de Marie Pinier, parle d’un « redoutable amalgame ». « C’est d’autant plus inacceptable qu’il n’y a pas eu d’acte de refus en raison d’une prétendue appartenance à une religion, mais uniquement parce que le visage de la cliente n’était pas complètement découvert (…) J’ai une multitude de témoignages où elle a exigé du client le retrait d’un casque ou d’un béret. Est-elle pour autant anti-motards ou anti-Basques ? » Maitre Cohen indique par ailleurs que « sur 200 000 transactions effectuées en trois ans dans ce commerce, il n’y a quatre plaintes. Faites le ratio ». Il espère la relaxe pour sa cliente qui est « consternée, atteinte par l’offense qu’on lui fait. L’accuser d’être raciste, elle ne peut l’accepter. Cela l’affecte dans sa citoyenneté, dans la conception qu’elle a dû vivre ensemble ».

•• Deux associations – la Licra et le Mrap – se sont portées partie civile, représentées par Maître Philippe Pressecq. Pour lui, cette affaire est « emblématique de ce qu’est la discrimination aujourd’hui ». L’avocat indique que la commerçante avait placardé une affiche (qui a été depuis retirée) à l’entrée du magasin « en prenant deux lois », « l’une qui dit que la République se vit à visage découvert et l’autre qui réglemente les photos d’identité. Elle a ainsi créé une 3e loi qui n’existe pas et prétend que tout couvre-chef est interdit. C’est une mise en scène, une manipulation. » Philippe Pressecq se demande quel serait le comportement de la buraliste « si une religieuse vient retirer un colis ou si une femme atteinte d’un cancer vient avec un foulard. À partir du moment où on voit le visage, on est dans la loi. »

L’avocat précise que les enregistrements des caméras à l’intérieur du commerce, saisies par la police, montrent que les clientes voilées avaient « le visage reconnaissable » et qu’il n’y avait donc pas lieu de leur refuser le colis.

À suivre …