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4 Juin 2019 | Observatoire
 

Alors qu’un débat a été organisé, le 28 mai, dans le cadre du Sénat, et s’est conclu à la quasi-unanimité des parlementaires en faveur de l’usage du cannabis médical (nous reviendrons dessus), nous avons appris qu’il sera expérimenté pendant « environ deux ans ». 

« Il y aura environ deux ans d’expérimentation du cannabis à usage thérapeutique à partir du moment où on aura le feu vert et les financements du ministère de la Santé », explique le professeur Nicolas Authier, chef du service de pharmacologie médicale et du centre de la douleur au CHU de Clermont-Ferrand (voir Lmdt du 11 janvier 2019), contacté par France 24.

Il préside depuis plusieurs mois le comité d’experts, créé par l’Agence nationale de Sécurité du Médicament (ANSM), chargé d’évaluer « les modalités de mise à disposition » du cannabis thérapeutique (voir Lmdt du 29 décembre 2018) et dont le rapport est attendu le 26 juin.

•• Cette expérimentation « va être mise en place assez rapidement, dans les prochaines semaines », affirme Jean-Baptiste Moreau, député (LREM) de la Creuse contacté par France 24. « L’enjeu, c’est d’arriver à ce que la production soit assurée par une filière franco-française ». De préférence dans son département (voir Lmdt du 9 juillet 2018).

« Pour l’instant, il n’y a pas d’autorisation de produire du cannabis thérapeutique en France » rappelle Nicolas Authier (à droite). « Les cultures se feront en champ fermé, sous serre, et nécessiteront des investissements importants. De plus, il va falloir maîtriser leur température, leur humidité et leur ensoleillement, ce ne sera pas de l’agriculture conventionnelle ».

Pendant l’expérimentation, qui pourrait durer théoriquement jusqu’au deuxième trimestre 2021, « il est probable qu’on soit obligé d’importer des préparations pharmaceutiques [de pays où le cannabis thérapeutique est légalisé, ndlr] le temps que la filière franco-française se structure » (voir Lmdt du 18 mai 2019).

•• Deux impératifs devront être respectés pour ces productions médicales : la maîtrise des cultures, d’abord, et le respect des règles européennes pour la production de médicaments à qualité constante ensuite.

•• L’usage du cannabis thérapeutique sera, par ailleurs, strictement encadré. Les médecins traitants ne le prescriront « qu’en dernière intention, quand les autres traitements thérapeutiques déjà disponibles auront été expérimentés », précise le Pr Authier.

L’ANSM a aussi ciblé, dès décembre 2018, le public qui pourra recourir au cannabis thérapeutique : les personnes atteintes de cancers, de certaines formes d’épilepsie, de scléroses en plaque, en soins palliatifs ou encore « ayant des douleurs réfractaires aux thérapies accessibles ».

•• « Il faudrait probablement élargir par la suite le spectre des maladies ciblées », estime Esther Benbassa, sénatrice EELV à l’initiative du débat sur le cannabis thérapeutique cette semaine au Sénat, contactée par France 24.

Mais augmenter le nombre de personnes pouvant expérimenter le cannabis thérapeutique pourrait-il avoir comme conséquence d’ouvrir la voie à un détournement de l’objectif initial ? « Le risque que le cannabis thérapeutique soit détourné pour un usage récréatif est extrêmement faible », estime Nicolas Authier, le chef de service du centre de la douleur au CHU de Clermont-Ferrand.

« Ce ne sont pas les mêmes usagers et pas les mêmes finalités. Ceux qui prennent de la codéine pour des douleurs, et ceux qui fument de l’opium consomment la même substance, mais n’en ont pas le même usage. Dans le même sens, la qualité du cannabis thérapeutique n’est pas la même que celle des personnes cherchant à avoir des effets psychoactifs », prévient le Pr Authier.

Les modifications réglementaires à venir – quand le ministère de la Santé aura donné le feu vert – ne permettront qu’une expérimentation médicale, qui n’a pas vocation à être généralisée à tous les usages. « Le cannabis thérapeutique n’est pas une drogue, ce sont des médicaments », précise Nicolas Authier, « la question de sa légalisation ne se posera pas avant 2021, dans la continuité de cette expérimentation ».

•• Et l’extension de la réglementation au cannabis récréatif ou même (ce qui serait plus facile) au chanvre de bien-être ?  Le député Jean-Baptiste Moreau demandera « bientôt » une mission d’information sur les différents usages du cannabis en France. « On parle de cannabis thérapeutique pour le moment, mais à terme, il faudra aller vers le cannabis bien-être (des huiles, compléments alimentaires …) avec un taux de THC très faible » explique-t-il.