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11 Jan 2019 | Observatoire
 

La liste des pays qui ont décidé d’autoriser l’usage thérapeutique du cannabis ne cesse de s’allonger. On en compte désormais plus de 35 dans le monde, dont 21 dans l’Union européenne.

Depuis le 27 décembre, la France est en passe de les rejoindre (voir Lmdt du 29 décembre 2018).

Sur le site Contrepoints, Nicolas Authier – médecin psychiatre, membre du Collège scientifique de l’Observatoire français des Toxicomanies et président du Comité scientifique spécialisé temporaire sur le cannabis à visée thérapeutique de l’Agence nationale de Sécurité du Médicament (ANSM) – revient sur les principaux faits marquants qui ont engagé la France sur la voie d’une future légalisation du cannabis à visée thérapeutique.

•• « Comment une plante, considérée comme une drogue illicite, a-t-elle pu être finalement considérée comme une alternative thérapeutique ?

« D’une part, depuis plusieurs années le corps médical et les autorités sanitaires ont mis l’accent sur les méfaits de l’alcool et du tabac, soulignant que ces drogues, bien que légales, sont les plus problématiques en termes de santé publique. 

D’autre part, sur le plan international, l’usage thérapeutique du cannabis s’est progressivement normalisé. La plante est notamment autorisée depuis 2013 dans des médicaments comme le Sativex ou l’Epidiolex.

« La conjonction de ces facteurs aurait rendu acceptable, pour l’opinion publique, le débat sur le recours au cannabis thérapeutique, sous couvert d’une supervision médicale, d’une maîtrise de la qualité des produits proposés et d’une réduction des risques liés à son administration.

•• « Par ailleurs, les conséquences du développement du cannabis thérapeutique dépasseraient les limites du secteur médical. L’ouverture probable de nouvelles perspectives économiques en période de crise a emporté l’adhésion d’une partie de la classe politique.

« Le milieu politique s’est en effet emparé de cette question après avoir observé la croissance de ce marché dans les pays ayant légalisé cet usage industriel. Son impact potentiel sur l’emploi, voire sur la rémunération des agriculteurs impliqués, a également été évalué, en particulier par le comité de pilotage du « Plan particulier pour la Creuse », destiné à redynamiser le département.

« Soutenue par des élus locaux et par la région Nouvelle-Aquitaine, la filière chanvre industriel, déjà bien développée, avait alors dans ce cadre été présentée au président de la République comme un élément de développement économique potentiel. (Voir Lmdt des 4 juin et 9 juillet 2018).

•• « Les choses allaient s’accélérer en 2018. Cette réflexion sera poursuivie l’année prochaine. Le comité scientifique se réunira à nouveau le 30 janvier 2019 à l’ANSM. Ce rendez-vous sera suivi de quatre autres réunions avant l’été.

« Celles-ci auront pour but de formuler un avis sur les modalités de prise en charge médicale (définition du type de prescripteurs, du circuit de distribution et de dispensation, des modalités d’administration et des formes pharmaceutiques, des dosages et concentrations en principes actifs) ainsi que sur les modalités de suivi des patients qui pourraient bénéficier de l’utilisation du cannabis à visée thérapeutique.

Car ce n’est pas « un » cannabis mais « des » cannabis thérapeutiques qui pourraient être proposés, selon les pathologies et les malades concernés. Une véritable médecine personnalisée, dont le malade devra être l’acteur principal. »