En France, près d’un adulte sur trois est un fumeur. Une statistique « en décalage complet avec le reste du monde occidental » qui traduit … l’influence des lobbys mais aussi une culture bien française qui n’est pas sans conséquences sur la santé publique, relate The Sunday Times, reproduit par Courrier International. Nous reprenons cet article curieux et partial.
•• Qu’y a-t-il de plus français qu’une cigarette aux lèvres ? « L’image sensuelle d’un Serge Gainsbourg la cigarette à la main – dans son cas, des Gauloises sans filtre – ou plus récemment de sa fille Charlotte, fascine toujours autant les Français », écrit The Sunday Times.
À tel point que « fumer est presque un art de vivre en France, sans équivalent dans d’autres pays du monde ». Si l’époque où l’on louait les bienfaits du tabac est révolue, la cigarette reste un élément indissociable de l’imaginaire culturel français.
Et sa popularité résiste. En 2023, 31,1 % des Français entre 18 et 75 ans fumaient régulièrement, soit près de trois fois plus qu’au Royaume-Uni, constate le journal britannique. « Près de 12 millions de Français et de Françaises fument tous les jours », ajoute-t-il. « Parallèlement, la consommation occasionnelle de cigarettes est en augmentation, et les femmes fument plus qu’il y a 50 ans ».
•• Des chiffres qui témoignent de l’ancrage de la clope dans le pays. La France se hisse largement au-dessus de la mêlée, note le quotidien anglais, avec des statistiques « en complet décalage avec le monde développé, ou même le monde dans son ensemble, pour lequel, selon les estimations, seul un adulte sur cinq fume encore, contre un adulte sur trois en 2000 ».
Résultat, la France se place dans « les 20 pays qui fument le plus », côtoyant des pays d’Asie du Sud-Est ou d’Europe de l’Est. En Europe de l’Ouest, « c’est le seul pays à fumer autant », explique le média conservateur.
•• Mais comment expliquer que la cigarette ait toujours autant la cote en France ? Si les réponses sont multiples, le Sunday Times souligne que la Ligue nationale contre le Cancer a relevé que plus de 90 % des films français sortis entre 2015 et 2019 contenaient « au moins un événement, un objet ou un discours en rapport avec le tabac », soit « une moyenne de 2,6 minutes, l’équivalent en durée de six publicités à la télévision ».
Bien plus qu’une question de représentation culturelle, le facteur « fondamental » qui explique le nombre de fumeurs en France est, selon le Comité national contre le Tabagisme, « l’influence persistante du lobby du tabac ».
Ainsi, certains responsables politiques défendent les bars-tabacs, « dernier rempart contre la désertification des campagnes françaises », où l’on peut acheter un billet de train, des munitions pour la chasse ou des timbres aussi bien qu’un paquet de cigarettes.
•• En dépit de ces relais politiques, la France « applique les mêmes politiques publiques que les autres pays ». Dès la loi Évin, en 1991, douze ans avant le Royaume-Uni, elle a interdit toute publicité pour le tabac (et de fumer dans les lieux à usage collectif).
Avant d’étendre, en 2007, l’interdiction de fumer à de nombreux autres lieux, puis d’introduire le paquet neutre en 2016. Qui plus est, la France est l’un des pays de l’UE qui taxent le plus les cigarettes, « précédée seulement de l’Irlande et des Pays-Bas », souligne le journal britannique.
Et si le nombre de jeunes fumeurs est passé de 16 à 25 % entre 2017 et 2022, « le tabagisme demeure la première cause évitable de mortalité en France, avec près de 75 000 morts par an ».
Ndlr : l’exercice est brillant …mais insuffisant. A bit short. A little inadequate. Ainsi, le Sunday Times, aussi sérieux soit-il, oublie de mentionner, par exemple, le marché parallèle … qui avec ses prix bas est, désormais, une source essentielle du tabagisme dans notre pays. Commenter le marché du tabac en France en ne s’appuyant que sur les analyses du CNCT, c’est un peu court. Forcément.




