Une fenêtre sur l’actualité quotidienne de tous les événements liés directement ou indirectement au tabac
28 Jan 2025 | Profession
 

Dans son entretien exclusif avec Le Monde du Tabac, Sébastien Charbonneau (Directeur des Affaires publiques et Réglementaires chez BAT France) nous explique les objectifs de l’importante campagne de communication lancée par BAT France sur le thème « Une France sans tabac : ça vous intéresse ? » (voir 25, 17 et 3 janvier).

• LMDT : Ouverture d’un site en ligne pour l’information factuelle du grand public www.francesanstabac.fr ; mise en place d’une énorme bannière publicitaire dans le centre de Paris pour appeler à un dialogue en vue d’une « France sans tabac » … expliquez-nous les raisons de cette spectaculaire démarche de communication qui pourrait à priori surprendre venant d’une entreprise du tabac ?

•• Sébastien Charbonneau Il y a une claire volonté chez BAT France d’engager un vrai débat avec la société française sur les produits alternatifs au tabac : c’est-à-dire les sachets de nicotine et le vapotage comme outil de lutte contre le tabagisme.

Nous souhaitons un débat. Il doit porter non seulement sur le cadre réglementaire approprié à ces produits mais évoquer surtout leur contribution réelle à l’atteinte de l’objectif que s’est fixé la France d’arriver à une première génération sans tabac d’ici 2032. De sorte à faire baisser effectivement le taux de tabagisme qui stagne ici depuis trop longtemps aux alentours de 31 %. Soit quasiment le double de la moyenne européenne. 

• LMDT : Cela va donc plus loin qu’un problème de réglementation …

•• Sébastien Charbonneau : Oui, car il faut bien savoir qu’il y a des pays où l’encadrement et le développement de ces produits alternatifs s’appuient sur des faits et des études scientifiques, non pas sur le sensationnalisme et le dogmatisme.

Les adultes fumeurs ont été sensibilisés et encouragées à utiliser ces alternatives. Eh bien, dans ces pays, on arrive à des résultats probants. Le taux de tabagisme dans ces pays est deux fois, voire trois fois, moins important que la France.

• LMDT : Mais quels sont ces pays ?

•• Sébastien Charbonneau : … Je pense notamment à la Suède, à la Grande-Bretagne, à la Nouvelle-Zélande, au Canada, aux États-Unis. Ils ont adopté chacun une politique anti-tabac qui leur est propre mais ont tous opté pour une approche basée sur la réduction des risques en instaurant un encadrement réglementaire des produits du vapotage et des sachets de nicotine.

Ils ont compris qu’une réglementation sévère sur le tabac devait se conjuguer avec une politique de santé publique pragmatique offrant aux fumeurs l’accès à des alternatives moins nocives. C’est comme cela que la prévalence tabagique décroche.

• LMDT : Pour revenir en France, quel est l’accueil reçu par votre campagne « une France sans tabac, cela vous intéresse » ?

•• Sébastien Charbonneau : Le débat est enfin ouvert et nous ne craignons pas le dialogue. Aux lobbys anti-tabac qui tentent de nous faire taire, nous leur répondons que nous n’en sommes qu’au début et nous les invitons à débattre avec nous. Il est impératif que le gouvernement et les représentants d’intérêts anti-tabac collaborent de manière constructive pour proposer des solutions efficaces au fumeur.

 Le dogmatisme, l’approche irrationnelle dès que l’on parle de nicotine – qui, nous le rappelons, n’est pas cancérigène – doivent laisser la place à une réflexion basée sur la science pour pouvoir repenser les politiques de santé publique. Depuis l’ouverture de notre site www.francesanstabac.fr, nous agissons en affichant la couleur, au titre de BAT France, dans le cadre de notre agenda mondial d’entreprise en transformation.

• LMDT : Mais vous parlez de dialogue alors que l’ancienne ministre de la Santé a annoncé l’interdiction des sachets de nicotine ?

•• Sébastien Charbonneau : Justement, nous avons un objectif politique. Nous prenons position et proposons, aux yeux de l’opinion publique, un débat rationnel en se fixant les vraies priorités. Déjà, force est de constater que la vente aux mineurs des sachets de nicotine n’est même pas interdite actuellement en France …

Et on sait bien que la prohibition totale ne marche pas sauf à autoriser le développement de tous les trafics de produits frelatés dans la rue et les réseaux sociaux, à la portée directe des mineurs. Circulent ainsi des sachets contenant jusqu’à 50 milligrammes de nicotine … c’est démentiel ! 

La raison voudrait que les autorités adoptent vite un cadre réglementaire strict pour les sachets interdisant formellement leur vente aux mineurs ainsi que les arômes attractifs et limitant les concentrations de nicotine (pas plus de 20 milligrammes par sachet).

Ce sont d’ailleurs des propositions sénatoriales débattues et votées lors des dernières discussions budgétaires. Elles valent la peine d’être reprises. En fait, c’est une question de courage politique. Le principe de précaution étant repris à bon escient. En s’adaptant aux réalités.

• LMDT : … Et qui doit assurer cette vente contrôlée ?

•• Sébastien Charbonneau : Nous ne nous adressons qu’aux fumeurs adultes. Il est donc évident et naturel que les fumeurs puissent trouver ces alternatives là où ils vont se procurer, au fil de leur itinéraire du quotidien, leurs produits du tabac ou du vapotage. C’est-à-dire chez tous les professionnels formés qui jouissent tant de la confiance des autorités que du grand public. Nous argumentons aussi sur ce point auprès des décideurs politiques.

•• LMDT : Mais les fumeurs sont-ils au rendez-vous ? En un mot : y a-t-il vraiment un marché en développement ?

•• Sébastien Charbonneau : Une quinzaine d’année après avoir surgi, le marché du vapotage n’est toujours pas mature. 3 millions de vapoteurs, 15 millions de fumeurs … La même chose se profile avec les sachets de nicotine car il y a de plus en plus de fumeurs qui s’intéressent à toutes les alternatives aux produits combustibles. Il faut donc être conscient qu’il y a une demande croissante et qu’une interdiction ne saurait l’endiguer.

Sur tous les marchés où les sachets de nicotine ont été autorisés et lancés, force est de constater qu’il y a eu une vraie adhésion des fumeurs. Elle est prouvée. La France ne fait pas exception alors que les sachets de nicotine sont arrivés il y a deux ans seulement. Rien que l’année dernière, le marché français, qui est donc loin d’être mature, a pesé 125 millions de sachets. On peut raisonnablement envisager 1 milliard de sachets en 2027 … à condition d’un cadre réglementaire sérieux et responsable.

D’où notre appel au dialogue avec les autorités en prenant l’ensemble de la société française à témoin.