
Il peut sembler anodin mais le trafic de tabac prend de plus en plus d’ampleur et menace la santé et la sécurité des Français.
Vice-président de l’Assemblée nationale et député Les Démocrates, Christophe Blanchet (voir 30 novembre 2021) a détaillé pour C News, le 23 décembre, sa proposition de loi pour intensifier la lutte.
Nous reprenons l’essentiel du sujet de Quitterie Desjobert.
Un danger qui prend de l’ampleur.
Face à la croissance rapide du trafic de tabac qu’il qualifie de « narcotrafic bis », le vice-président de l’Assemblée nationale Christophe Blanchet porte une proposition de loi visant à intensifier la lutte contre ce crime organisé et à rendre les peines plus lourdes.
« Depuis 2020, j’alerte sur les dangers de ce trafic » rappelle, pour C News, Christophe Blanchet, qui a remis successivement, en 2020 (voir 11 décembre 2020) avec Pierre-Yves Bournazel (Horizons) et en 2023 avec Kévin Mauvieux (Rassemblement national), deux rapports d’information sur la lutte contre la contrefaçon.
Dans ces derniers, outre les dangers des colis contrefaits en provenance de Chine, le député MoDem a « identifié et mis en garde contre le sujet du tabac contrefait », qui prend une envergure de plus en plus grande en France.
Christophe Blanchet l’assume entièrement,
au cours de ses travaux sur le trafic de tabac menés depuis cinq ans, il a travaillé avec différents acteurs du monde du tabac, dont des lobbies.
« Je ne cache rien, les lobbies du tabac m’ont donné des informations, j’assume de travailler avec eux. Il m’appartient de décider ce que je crois ou non. C’est une source d’information supplémentaire », a-t-il expliqué sans détour.
Dans le détail, en 2023, ce sont 521 tonnes de tabac
de contrebande et de contrefaçon qui ont été saisies par les douanes contre 284,5 tonnes en 2020, soit une hausse de 83 % en l’espace de trois ans.
Par ailleurs, selon le bilan annuel des douanes en 2024, « les cigarettes de contrefaçon représentent 19 % des cigarettes saisies, soit 8,5 fois plus qu’en 2020 ». À elle seule, la France représente près de 50 % de la contrefaçon de cigarettes au sein de l’Union européenne.
(voir 24 mars 2025).
Au sein du trafic de tabac, il y a deux notions qu’il faut comprendre : la contrebande et la contrefaçon de tabac.
Souvent mélangées, elles n’ont pourtant pas la même signification. La première consiste en l’achat, souvent à l’étranger, de véritables paquets de cigarettes, fabriqués par des cigarettiers et qui sont ensuite revendus. Dans la seconde, les trafiquants fabriquent eux-mêmes leur marchandise.
« Quand on achète des cigarettes à l’étranger et qu’on les revend à des amis une fois rentré, c’est aussi de la contrebande », a rappelé Christophe Blanchet, ajoutant « il y a aussi des réseaux organisés qui achètent en dehors de la France pour revendre ensuite ».
Ce marché illicite du tabac est organisé de manière mafieuse et criminelle et génère 4 milliards d’euros
Le tabac de contrebande, même s’il nuit à la santé, reste « plus « sain » que celui contrefait ». En effet, « le tabac contrefait n’est pas entreposé de manière saine comme cela devrait l’être dans les manufactures de tabac légales », a ajouté le député.
« Dans certaines usines qui ont été découvertes, le tabac était posé à même le sol et dans les cigarettes fabriquées, on a trouvé des excréments et de l’urine de rats, du mercure, du ciment… Tout ce qui existe dans un entrepôt inadéquat », a indiqué Christophe Blanchet.
« La vérité, c’est que le tabac contrefait est encore plus nocif que le tabac traditionnel et quand les gens finissent à l’hôpital avec des pathologies encore plus graves et c’est nous qui devons payer », a déploré le député normand.
Les travaux de Christophe Blanchet, qui ont notamment permis d’aboutir à ce texte, l’ont également conduit sur le terrain.
« Avec toutes ces réunions, toutes ces rencontres de terrain, j’ai pu voir que ce marché illicite du tabac est organisé de manière mafieuse et criminelle et génère 4 milliards d’euros », a-t-il détaillé, rappelant que le narcotrafic générait de son côté 7 milliards d’euros.
« Si on considère qu’à 7 milliards d’euros, ce sont des mafias qui tuent et qui sont structurées, on doit accepter de dire que pour 4 milliards d’euros, ce sont les mêmes mafias qui tuent et qui mettent à mal notre modèle de sécurité à tous les niveaux », a estimé Christophe Blanchet.
Le tabac de contrefaçon s’avère être particulièrement rentable pour les trafiquants. « À l’époque de mon rapport de 2020, le kilo de tabac pur coûtait 4 euros. Une cigarette pèse 1 gramme et un paquet pèse 20 grammes. Donc avec un kilo de tabac, les trafiquants peuvent produire 50 paquets de cigarettes », a-t-il détaillé.
Ce sont des mafias qui pratiquent la traite d’êtres humains
« Si l’on compte l’investissement papier et tige, les 50 paquets reviennent au maximum à 5 euros, ce qui signifie que lorsque vous vendez un paquet contrefait, il vous reste 49 paquets de bénéfice, ce qui est un plutôt bon ratio », a développé Christophe Blanchet.
Dans l’exposé des motifs de sa proposition de loi, le député du Calvados a notamment pris l’exemple d’une usine de tabac clandestine démantelée près de Rouen en janvier 2023 (voir 15 janvier 2023).
Christophe Blanchet a rappelé qu’en l’espace de seulement dix mois, la structure a produit environ 25 millions de paquets de cigarettes et généré 125 millions d’euros de chiffre d’affaires.




