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20 Jan 2023 | Observatoire
 

« Plus discret qu’une cigarette », à la mode sur TikTok et chez certains sportifs, le snus, tabac en sachet à sucer, très addictif car fortement dosé en nicotine, connaît une popularité nouvelle auprès des adolescents en France, où il est illégal.

Ainsi débute un communiqué de l’AFP, signé Laëtitia Drevet et que nous reprenons, revenant sur un sujet particulièrement médiatisé en ce moment (voir 27 et 29 décembre 2022, 12 et 13 janvier 2023).

•• Après avoir mâché un sachet « chez un cousin » pendant les vacances de la Toussaint, Fabien, 16 ans, qui témoigne anonymement pour ne pas « inquiéter (ses) parents », a voulu « faire tester » le produit à ses amis. Dans la poche de son sweat-shirt, une boîte goût « tropic breeze ».

S’il suffit à première vue de quelques clics pour en commander sur Internet, les produits les plus accessibles, comme celui que montre ce lycéen – vendus entre 2 et 10 euros la boîte, saveur cola, pomme ou « bubblegum » – sont en fait des substances sans tabac, des poches de nicotine. 

Contrairement au snus « original », composé de lamelles de tabac, d’eau et de carbonate de sodium, les poches de nicotine « ne semblent pas faire l’objet de classification à ce jour », indique à l’AFP l’Observatoire français des Drogues et des Tendances addictives (OFDT), qui note une « réelle confusion » entre ces produits « dont les formes d’administration sont les mêmes ».

Avec ou sans tabac, « c’est plus discret qu’une cigarette, il n’y a pas d’odeur », fait remarquer Fabien. « Je pourrais en avoir un maintenant dans la bouche, vous ne le sauriez pas », s’amuse le lycéen de Montgeron (Essonne) en survêtement et baskets noirs.

•• Sur TikTok, des vidéos vues des dizaines de milliers de fois montrent des adolescents glisser un petit sachet blanc entre leur gencive et leur lèvre supérieure. Et parfois défaillir ou vomir, sous l’effet d’une forte dose de nicotine.

Fin novembre, dans l’Essonne, un collégien de 13 ans avait été placé en garde à vue, suspecté d’avoir fourni du snus à deux camarades qui avaient fait un malaise dans l’enceinte de leur établissement scolaire. Une plainte a été déposée par la famille de l’un d’entre eux et une enquête est en cours, a fait savoir le parquet d’Evry, qui dit faire preuve d’une vigilance particulière à l’égard de ce produit.

Originaire de Suède, seul pays de l’Union européenne où il est légal, le snus est plus fortement dosé en nicotine que les cigarettes. D’après l’Alliance contre le tabac, il peut provoquer des cancers du pancréas « dus au passage du tabac dans le tube digestif ».  Quant aux poches de nicotine, « le risque principal, c’est l’addiction », selon le Dr William Lowenstein, président de SOS Addictions.

•• Toujours sur TikTok, certains comptes dédiés à la vente de snus – en fait des poches de nicotine, pour les plus visibles d’entre eux – s’appuient sur la popularité présumée dont il jouirait chez de célèbres footballeurs pour en faire la publicité, reprenant notamment une photo de l’attaquant français Marcus Thuram tenant à la main ce qui pourrait ressembler à une boîte de snus, dans l’avion qui emmenait les Bleus au Qatar.

En 2016 déjà, l’international britannique Jamie Vardy avait raconté dans son autobiographie « From Nowhere » (non traduit) avoir commencé à consommer du snus en rejoignant le club de Leicester. « Les joueurs qui en utilisent sont bien plus nombreux que ce que les gens imaginent et certains gars jouent même (avec un sachet dans la bouche) pendant les matchs », écrivait alors l’attaquant aujourd’hui âgé de 35 ans.

S’il n’y a « jamais été confronté », Pascal Maillé, responsable du centre médical du Centre national du football, à Clairefontaine, pointe du doigt un « effet de mode » dans le monde du ballon rond, notamment scandinave. « Mais c’est un produit tout sauf anodin. Le fait qu’il n’y a pas d’inhalation peut apporter une fausse sécurité », souligne-t-il.

•• Devant le lycée de Montgeron, tous les lycéens rencontrés par l’AFP connaissent le produit de nom, mais rares sont ceux qui en ont déjà consommé, selon leurs dires. 

Interrogé par l’AFP, le rectorat de l’académie de Créteil, qui a récemment intégré le snus à ses actions de prévention, évoque des signalements « nouveaux » mais « marginaux ». Cigarette à la main, un adolescent analyse : « Le snus, on en entend beaucoup parler sur les réseaux (sociaux) mais ce n’est pas si facile à trouver. Des tabacs, il y en a partout. » Photo : Le Parisien