Le Gouvernement envisage d’interdire les sachets de nicotine (voir 17 mars 2025). Une approche dogmatique qui prive les fumeurs d’alternatives efficaces au tabac, alerte Patrick Coquart (chercheur associé à l’Institut de Recherches économiques et fiscales / Iref / voir 12 décembre 2024) dans une tribune publiée sur lepoint.fr.
•• Après l’interdiction des « puffs », ces produits de vapotage jetables, ce sont désormais les sachets de nicotine qui pourraient être prohibés.
Fabriqués généralement en fibres de polymères imprégnées de nicotine et éventuellement d’arôme, ils ne contiennent aucune trace de tabac. Placés sous la lèvre, ils diffusent de la nicotine pendant vingt-cinq à quarante-cinq minutes au contact de la gencive.
Selon les ministres Catherine Vautrin (Travail, Santé, Solidarités et Familles) et Yannick Neuder (Santé et Accès aux soins), ces alternatives à la cigarette, dont le marketing agressif pousserait à la surconsommation, constitueraient un danger, notamment chez les jeunes. Sans disposer de données sur ce produit encore très peu consommé en France, ils ont notifié à la Commission européenne un projet de décret visant à « imposer une interdiction sur des produits à usage oral contenant de la nicotine, même lorsqu’ils ne sont pas composés de tabac ».
Pourtant, cette interdiction risque d’enfermer les fumeurs dans leur dépendance au tabac, au détriment de leur santé et de l’intérêt public.
•• Si la nicotine est addictive, sa nocivité est sans commune mesure avec la combustion du tabac, principale cause des maladies liées au tabagisme. Or, les substituts nicotiniques classiques (patchs, gommes) ne conviennent pas à tous.
En Suède, la consommation de « snus » – produit s’approchant des sachets de nicotine mais contenant du tabac – et de sachets de nicotine a permis de diviser par deux le nombre de fumeurs en vingt ans, non seulement chez les hommes, mais également chez les femmes, entraînant un taux de mortalité par cancer du poumon (29,1 pour 100 000) bien inférieur à la moyenne européenne (66,7).
De leur côté, les États-Unis, par la voix de la Food and Drugs Administration (FDA), puissante agence étatique en charge de la surveillance des denrées alimentaires et des médicaments, ont récemment autorisé la vente de sachets de nicotine. La FDA reconnaissant qu’ils réduisent les risques de cancer et de maladies graves par rapport aux cigarettes et autres produits du tabac.
Si ces alternatives sont jugées bénéfiques outre-Atlantique, pourquoi les interdire en France ? En multipliant les mesures de restrictions des produits alternatifs, le gouvernement français confisque au fumeur sa liberté de choisir parmi un large éventail de produits de substitution, bien moins nocifs que les cigarettes, au risque justement de l’enfermer dans son addiction.
•• En effet, les substituts nicotiniques prescrits par les professionnels de santé ne sauraient suffire à enrayer l’épidémie de tabagisme. Ainsi, malgré une augmentation de 43 % des ventes de traitements d’aide à l’arrêt du tabac entre 2019 et 2023, le nombre de fumeurs quotidiens n’a baissé que de 11 %.
Par ailleurs, l’effet des prix, qui augmentent sans cesse, et des restrictions d’accès aux produits moins nocifs, est désormais contre-productif et pousse les consommateurs vers le marché parallèle. Là, les prix y sont extrêmement attractifs, parfois 50 % moins chers que chez le buraliste, seul réseau légal de vente du tabac, avec des risques accrus pour leur santé et pour la sécurité publique.
Résultat, la lutte contre la contrebande coûte cher à l’État, tandis que les recettes fiscales du tabac ont chuté de plus de 1,6 milliard d’euros depuis 2020.
•• Les traitements de substitution nicotinique coûtent des millions à la Sécurité sociale, sans garantie d’efficacité suffisante. Autoriser les sachets de nicotine et les alternatives à moindres risques permettrait de réduire les coûts liés au tabagisme et de générer de nouvelles recettes fiscales. En Suède, ces alternatives sont taxées en fonction de leur niveau de risque, incitant les fumeurs à opter pour les moins nocives.
Enfin, si l’on permettait aux fumeurs d’avoir accès à des alternatives présentant de moindres risques (cigarette électronique, sachets de nicotine, tabac à chauffer, etc.), il serait possible de réaliser d’importantes économies.
Une étude anglo-italienne estime que convertir seulement 10 % des fumeurs aux alternatives à la cigarette permettrait de faire économiser à la sécurité sociale britannique (NHS) plus de 100 millions de livres sterling par an, car cela diminuerait le nombre d’admissions à l’hôpital. En France, qui compte plusieurs millions de fumeurs de plus que le Royaume-Uni, les économies seraient substantielles pour nos hôpitaux et notre système de soins.
•• Il est possible d’opter pour une politique pragmatique de réduction des risques en permettant aux Français de choisir les solutions `les plus adaptées pour se libérer de la cigarette.
M. Bayrou, il est encore temps d’arrêter vos ministres de la Santé qui considèrent, à tort, que la nicotine est aussi dangereuse que la combustion du tabac. Plutôt que d’enfermer les fumeurs dans leur dépendance, osez les aider à ne plus fumer en leur laissant la possibilité de choisir librement le produit qui leur permettra d’abandonner la cigarette. Ne les condamnez pas à fumer toute leur vie !




