À la façon de l’éditorialiste Raphaël Enthoven (voir Lmdt du 6 novembre), Philippe Herlin (docteur en économie du Conservatoire National des Arts et Métiers et écrivain) s’est lâché, dans La Tribune du mercredi 7 décembre, sur les politiques de prévention passant par les « caisses enregistreuses qui font tomber automatiquement de l’argent dans les caisses de l’État ».
Il y a eu les radars automatiques mais aussi les nouvelles taxes sur le tabac (voir Lmdt des 6 décembre et 24 septembre). Larges extraits …
•• « L’inefficacité chronique de certaines politiques gouvernementales fait immanquablement penser aux Shadoks qui pompent, qui pompent, qui pompent toute la journée sans rien obtenir. La multiplication des radars au bord des routes, alors que le nombre de tués stagne ou augmente en fait partie : il faudrait pourtant rappeler que seuls 26 % des accidents mortels sont dus à la vitesse excessive, ce qui devrait encourager à lutter contre les autres causes (alcool, cannabis, défaut de ceinture).
« Autre politique digne des Shadoks : la lutte contre le tabac. Des milliers de vies sont en jeu, on le sait mais, ici encore, toute l’action du Gouvernement se focalise sur le prix du paquet de cigarettes. Il suffirait soi-disant de l’augmenter régulièrement pour progressivement faire diminuer le nombre de fumeurs. Mais ce scénario simpliste ne se vérifie nullement.
•• « Lorsque l’on prend un peu de recul, on constate que le pourcentage de consommateurs de tabac dans la population française a atteint un maximum en 1957 pour ensuite décroitre régulièrement lorsque le risque de cancer du poumon a commencé à être rendu public. Pas parce que le prix du paquet de cigarettes a augmenté. C’est une prise de conscience qui explique ce retournement. Cette baisse continuera jusqu’en 2008, date à laquelle la consommation repart à la hausse, malgré les régulières augmentations du prix du paquet.
« Ça ne plait pas du tout au gouvernement qui sort l’artillerie lourde : hausse massive des prix du tabac à rouler pour le 1er janvier 2017 : de 15 % ; hausse de la rémunération des buralistes dont le coût pourrait également être répercuté par les fabricants sur les prix de vente.
« Ces hausses font suite au paquet neutre (…) On suggère, pour les étapes suivantes, le paquet collé à l’intérieur d’un oursin, attaché à un boulet de 3 kilos, ou surmonté d’un gyrophare deux-tons.
•• « L’augmentation du prix du paquet de cigarettes n’aboutit qu’à une chose : l’explosion du marché parallèle, soit par les ventes sous le manteau, soit chez les buralistes frontaliers (de l’autre côté de la frontière / ndlr). Et la consommation ne baisse pas. Pourtant l’État ne pense qu’à persévérer dans cette direction.
« Ne faudrait-il pas réfléchir à d’autres modes d’action ? L’interdiction de fumer dans les lieux publics, édictée en 2008, est une bonne chose, elle empêche d’exposer la cigarette aux non-fumeurs. Comme les habitudes se prennent jeune, ne faudrait-il pas interdire de fumer avant 16 ans, ou même 18 ans ? Aujourd’hui la loi interdit hypocritement seulement la vente aux moins de 18 ans, pour un effet nul, comme chacun peut le constater. Mais pour appliquer une telle décision, imagine-t-on des contrôles de police dans les cours ou aux abords des collèges et des lycées ? (…)
• « D’autres initiatives sont certainement envisageables mais, pour l’État, il est de toute façon tellement plus facile d’augmenter les taxes que d’y réfléchir sérieusement … On continuera donc de taxer toujours plus les cigarettes, comme on augmentera encore le nombre de radars automatiques, sans que ces décisions ne fassent baisser la mortalité, dans un cas comme dans l’autre.
« Le Gouvernement donnera l’impression d’agir, comme les Shadoks ».




