À l’occasion des élections municipales, la Fédération des buralistes de Paris-Ile de France essaie de faire entendre sa colère contre le marché parallèle qui, selon elle, les concurrence (voir 9 mars 2026). Sur le terrain, qu’en pensent les gérants des bars-tabacs du nord de la ville ?
C’est ainsi que débute un sujet de France 3 Régions Ile-de-France.
Un homme d’une trentaine d’années pousse la porte avec fracas.
« Tu m’en mets deux s’il te plaît », lance-t-il sans un regard pour les trois clients qui attendent déjà leur tour. Le caissier lui tend deux cigarettes sorties d’un paquet caché sous son comptoir qu’il range aussitôt. L’homme est déjà dehors au moment où le vendeur glisse la pièce d’un euro dans sa poche.
Cette scène qui se déroule dans une épicerie de l’avenue de Clichy est loin d’être originale. « Nous avons recensé 250 points de ventes illégaux de tabac en épiceries à Paris », affirme Philippe Alauze.
Depuis octobre 2024, le président de la Fédération des buralistes de la capitale a mis en place un numéro vert. À la disposition des acteurs du métier, il leur permet de signaler anonymement des situations de trafic de tabac.
Un prix devenu prohibitif
« Je suis toujours derrière mon comptoir. Je ne me rends pas compte de ce trafic », lance le patron du bar-tabac Le Celtic pour justifier de n’avoir jamais eu recours à ce système.
Dans son établissement situé sur l’avenue de Clichy, les clients se font moins nombreux qu’avant. « Je ne sais pas si les gens arrêtent de fumer à cause du prix qui augmente ou s’ils vont en acheter ailleurs », confie-t-il.
Même discours au Lutetia qui se trouve deux rues plus bas.
« Le trafic n’impacte pas trop mon commerce, mais c’est surtout le prix », pointe le gérant. En l’espace de 10 ans, le prix moyen d’un paquet de cigarettes a augmenté de près de 150 %. Chez un buraliste, il coûte en moyenne 12,5 euros « contre cinq sur le marché illégal », affirme Philippe Alauze.
D’après les chiffres de la fédération, dans ce réseau, un lot de 50 cartouches vaut entre 1 100 et 1 200 euros sur le marché parallèle. De leur côté, les buralistes obtiennent leurs 25 cartouches pour un prix moyen de 3 000 euros.
« On a atteint un prix qui a créé un marché prohibitif sur un produit encadré par l’État. »
Un avis qu’il indique être partagé par l’une des têtes de listes aux municipales de Paris parmi les six qu’il a rencontrées. « Toutes sont d’accord pour dire qu’il y a un problème », rapporte Philippe Alauze (voir 6 mars 2026 et 19 janvier 2026).
Une centaine de points de vente
Et le souci réside « dans les trois épiceries situées à deux pas » pour cet autre buraliste du nord du 18ème arrondissement. « C’est ce qui a en partie fait baisser mon chiffre d’affaires », explique-t-il. D’autant que les épiceries ne sont pas les seuls points de vente du quartier. À quelques kilomètres de là, plusieurs vendeurs proposent des paquets de cigarettes aux passants qui descendent de la station de métro Barbès.
La Fédération des buralistes de Paris aurait recensé une centaine de ces points de ventes à ciel ouvert dans la capitale. « Il y en a sûrement beaucoup plus car aujourd’hui les vendeurs sont de plus en plus mobiles », veut croire Philippe Alauze.
Un réseau qui ne gêne pas cet autre buraliste pour qui le phénomène « qui existe depuis des années » ne l’a « jamais empêché de fonctionner ». Et lui n’est pas « fan du principe de dénoncer les gens avec ce numéro vert même si ça reste du trafic illégal avec toutes les conséquences qu’il implique ».
Des produits plus accessibles aux jeunes
Selon la fédération, le tabac de contrefaçon « serait majoritaire » et « plus nocif pour la santé ». Pour un épicier de la rue Caulaincourt, « c’est vrai pour les vendeurs de rue mais nous, on les achète au Luxembourg ou en Espagne ».
Selon le président de la fédération, un prix qui débute à 50 centimes — pour une cigarette vendue à l’unité — faciliterait leur achat par des mineurs. La démarche n’est d’ailleurs pas sans risque puisque se procurer des cigarettes en dehors du marché classique est passible d’une amende de 135 euros.
« On a tout une gamme de produit qui fleurit. Les vendeurs peuvent même fabriquer des paquets de 10 cigarettes », ajoute Philippe Alauze qui n’identifie pas la vente illégale uniquement dans la rue.
Sa fédération aurait recensé 40 000 annonces en ligne en Île-de-France quand les buralistes, eux, ne sont que 2 800.
« C’est facile de toujours taper sur les buralistes. Nous, on a un contrat de gérance avec l’État. On doit rapporter toute notre trésorerie. Eux non », résume Philippe Alauze.




