
Dans une étude publiée il y a quelques jours, l’institut Terram – en liaison avec l’éco-organisme Alcome – propose une analyse originale de notre façon de faire société à travers le prisme de la propreté et en particulier des mégots de cigarette jetés au sol (voir les 21 et 12 janvier).
C’est ainsi que débute un article du Progrès que nous reprenons.
Tout visiteur ayant mis les pieds au Japon s’est heurté à un paradoxe :
l’absence de poubelles dans les rues et des trottoirs d’une propreté à faire pâlir un bloc opératoire. Autre pays, autre culture : les municipalités françaises peinent à réduire les incivilités du genre, au premier lieu desquelles le jet de mégots de cigarette sur le sol. Comment expliquer ce différentiel ? L’institut Terram a enquêté, essayant de trouver des solutions accessibles aux municipalités et testées par certaines.
Trois villes ont été passées au crible par Jean-Laurent Cassely, ancien journaliste devenu essayiste et auteur de cette étude.
Grenoble (Isère), Ambérieu-en-Bugey (Ain) et Banyuls-sur-Mer (Pyrénées-Orientales) ont été choisies pour représenter des typologies de ville : la métropole, la ville moyenne et la station balnéaire. Et la conclusion est sans appel : « La propreté de l’espace public est un révélateur direct du lien civique et du degré d’appropriation du commun. »
Autrement dit, on a tendance à être plus propre sur un lieu où l’on vient souvent, que l’on considère un peu comme chez soi.
C’est le cas par exemple au boulodrome de Grenoble qui se situe à côté de la fontaine du Serpent et du Lion où la signalétique de sensibilisation sur les mégots est « respectée et utilisée ». Au contraire des quais de l’Isère plus en contrebas où « domine le sentiment de relâchement ou d’anonymat : les dispositifs, même attractifs, peinent à s’imposer ».
En cause : une zone très festive où les étudiants aiment se retrouver. Des « cendriers de vote » – dispositifs ludiques incitant à jeter son mégot en répondant à une question – ont été installés. Populaires au premier abord, ces outils ont vite montré leurs limites, « rapidement dégradés, parfois explosés ». La saleté devient alors l’indicateur et le révélateur d’un climat d’indifférence, voire d’incivilité.
Selon Jean-Laurent Cassely, cela démontre de manière plus globale la « difficulté pour les équipes municipales à gérer une situation festive et alcoolisée ».
Mais il n’y a pas de fatalité.
À Grenoble comme à Ambérieu-en-Bugey, le contrôle social permet d’avoir des résultats concrets. « Recréer des mailles de vie quasiment villageoise, à l’échelle d’un micro-quartier, permet de restaurer un niveau d’interconnaissance et de contrôle social fort, soit un contexte propice au respect des normes collectives », explique Guillaume David, responsable du cabinet Optae, qui a réalisé plusieurs études de comptage de mégots.
Et dans ce cadre, le rôle des commerçants est décisif, car ils peuvent être inclus aux politiques de la ville de manière efficace et être un relais humain à la résolution de la problématique. Les seules solutions techniques (cendriers, poubelles etc.) ne suffisent pas.
À la veille des élections municipales, Jean-Laurent Cassely invite ainsi à entrevoir la propreté comme un véritable enjeu politique
car elle « interroge directement notre capacité à faire commun » : « Le degré de propreté traduit le degré d’intégration des individus et leur sentiment d’appartenance à un lieu, un site, un quartier, une commune. À l’inverse, la dégradation de l’espace public peut être l’indice d’un désengagement, d’un abandon du commun et le début d’une défiance qui ouvre la voie à des comportements antisociaux plus graves. » Pour l’heure, le sujet n’est pas une thématique forte des prochaines élections locales.




