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14 Mar 2025 | Profession
 

Les Français achètent toujours moins de cigarettes chez les buralistes. Les ventes ont reculé de 12 % en 2024 et plongent encore davantage depuis le début de l’année. L’impact pour les finances publiques est massif … cryptage de Sébastien Dumoulin – dans Les Échos – que nous reproduisons ci-dessous. 

Selon les chiffres des Douanes, qui viennent d’être rendus publics, il s’est vendu moins de 1,3 milliard de paquets de cigarettes en France l’an dernier, contre 1,5 milliard un an plus tôt. Cette baisse n’est pas une surprise : elle s’inscrit dans une trajectoire quasi ininterrompue depuis plus de trente ans.

•• Mais elle s’accélère : c’est la première fois que l’on enregistre un recul à deux chiffres (-12 % en 2024 / voir 10 janvier) depuis le début des années 2000, lorsqu’un cocktail de hausse des prix et de mesures contre le tabagisme avait provoqué une brusque chute des ventes de cigarettes. 

Aujourd’hui, à nouveau, le recul de la consommation est sans doute en cause. D’après l’Observatoire français des Drogues et des Tendances addictives , la part de fumeurs quotidiens dans la population est passée de 29 % à 23 % sur la dernière décennie. Et cette désaffection est encore plus marquée chez les jeunes : il y a dix ans, un adolescent de 17 ans sur trois consommait du tabac quotidiennement ; c’est moins d’un sur six aujourd’hui (voir 15 janvier).

La spectaculaire envolée du prix du paquet de cigarettes a certainement joué un rôle. Alors qu’il coûtait moins de 7 euros en moyenne quand Emmanuel Macron a été élu pour la première fois en 2017, le prix moyen a dépassé les 12 euros l’an dernier. Et au vu des récentes hausses, la barre des 12,5 voire des 13 euros sera sans nul doute franchie cette année.

•• Cette forte hausse des prix du tabac, voulue par le législateur, a pu avoir un effet vertueux : pousser les fumeurs à arrêter (ou à réduire leur consommation) et les plus jeunes à ne pas commencer.

Mais elle a aussi pu avoir un effet moins heureux : encourager les consommateurs à acheter leurs cigarettes hors de l’Hexagone – là où les taxes sont beaucoup moins élevées et le prix final inférieur (environ deux fois moins cher en Espagne, en Italie, en Andorre ou au Luxembourg notamment). Et l’an dernier, une décision de justice contraignant le Gouvernement  à autoriser les particuliers à importer légalement 4 cartouches au lieu d’une depuis les autres pays de l’Union européenne, n’a pu que renforcer le mouvement.

Enfin, les consommateurs ont pu se tourner vers les produits de contrebande. Ces dernières années, les services des Douanes ont réalisé de colossales saisies de cigarettes co (521 tonnes en 2023) et même démantelé plusieurs usines clandestines sur le territoire national. Autant de signes d’un marché noir florissant. 

•• Quelles qu’en soient les causes, la baisse des ventes de cigarettes dans les bureaux de tabac tricolores a un corollaire fâcheux pour les finances publiques : les taxes rapportent de moins en moins.

Portés par la hausse du prix du paquet et le poids croissant de la fiscalité, les « droits de consommation sur le tabac » ont constitué pendant des décennies une manne croissante pour la Sécurité sociale (à qui les recettes sont affectées, sauf en Corse et dans les Outre-mer). Au point que les parlementaires ont encore aujourd’hui pour coutume de gager leurs amendements non-financés sur une hypothétique hausse des taxes sur le tabac afin de les rendre recevables.

Mais un pic a été atteint en 2020 (l’année où la crise sanitaire a forcé les fumeurs à fréquenter leur bureau de tabac du quartier et ralenti la baisse des ventes), à 14,4 milliards d’euros. Depuis, ces recettes ont fondu d’environ 10 %. Et cela pourrait bien continuer. 

En 2024, Bercy avait initialement prévu un rebond des recettes de 400 millions d’euros. À l’été, face à l’atonie des ventes de tabac, le ministère avait reconnu dans Les Échos qu’il n’en serait rien. Sa prévision avait alors été ajustée, avec un atterrissage escompté à 13,2 milliards d’euros.

Mais en réalité, selon les derniers chiffres publiés à l’automne, les « droits de consommation sur les tabacs » n’ont finalement rapporté que 12,8 milliards – soit un écart de 800 millions avec la prévision initiale. Et encore ce chiffre ne prend-il pas en compte le manque à gagner en termes de TVA (qui représente environ 2 euros par paquet).

•• Cette erreur a de quoi laisser dubitatif quant à la prévision pour 2025. Dans le Projet de Loi de Finances à l’automne, Bercy misait sur une quasi-stabilité des droits de consommation sur le tabac par rapport à 2024 (12,7 milliards d’euros, contre 12,8 milliards l’an passé).

Mais les ventes de janvier et février continuent de dégringoler : la baisse atteint -15 % par rapport aux deux premiers mois de 2024 (voir 10 mars). Si cette tendance se poursuit, et quand bien même le prix moyen du paquet passerait à 13 euros, il paraît difficile de tenir l’objectif affiché.  Selon un calcul des Échos, le manque à gagner pourrait même atteindre un milliard d’euros : ce qui ne fera pas l’affaire du Gouvernement, en pleine disette budgétaire. Contacté, Bercy n’a pas répondu aux sollicitations du quotidien.