Dans un interview au Parisien / Aujourd’hui en France du 5 février (version numérique), Philippe Coy, président de la Confédération des buralistes, se veut optimiste. Il est encore temps, selon lui, pour les bars-tabacs de se moderniser afin d’assurer leur pérennité. Le réseau des bars-tabacs subit de plein fouet la baisse des ventes de cigarettes et la concurrence directe d’autres commerces (boulangeries, coffee shops …), pourtant il a une carte à jouer.
• Comment se portent les bars-tabacs aujourd’hui ?
•• Philippe Coy : Les patrons de bars-tabac ne peuvent plus rester les bras croisés, sans s’adapter aux évolutions de consommation. Notre métier a vécu de grands moments, c’est vrai. Dans les années 1980-1990, les buralistes étaient incontournables. Tout le monde fumait, c’était un marché soutenu, sans concurrence déloyale, ni véritable marché parallèle. Les clients venaient à nous quasiment sans rien faire. Aujourd’hui, il est impératif de passer du mode cueillette au mode conquête.
• C’est-à-dire ?
•• Philippe Coy : Il y a encore 20 ans, quand vous aviez envie d’un jambon-beurre, le réflexe était d’aller au bar-tabac. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Le consommateur va penser à la boulangerie en premier. Comment est-ce arrivé ? Nous avons aussi raté l’arrivée du vapotage, même si, depuis quatre ou cinq ans, ça va mieux.
Surtout, nos commerces n’ont pas beaucoup évolué, et souffrent d’une image vieillotte, figée dans le temps. Ils ont aujourd’hui besoin d’être repensés, modernisés. Ils doivent être plus lumineux, visibles, proposer de véritables parcours clients et des services marchands innovants.
• Il existe depuis 2018 un fond de transformation et de modernisation des débits de tabac. Quel en est le bilan ?
•• Philippe Coy : Le premier protocole d’accompagnement que j’ai négocié a bénéficié à 4 456 collègues. En 2023, nous avons pu reconduire le dispositif jusqu’en 2027, à raison de 20 millions d’euros par an. Nous en sommes aujourd’hui à 6 500 établissements aidés. Le plan comprend notamment un volet financier qui permet de prendre en charge jusqu’à 30 % des investissements et même 50 % dans les zones rurales, avec un plafond à 33 000 euros.
• À quoi sert cet argent public ? À faire des travaux d’embellissement ?
•• Philippe Coy : Cela va bien au-delà. La première étape est un diagnostic en 80 points. Cet audit permet d’analyser les forces et faiblesses du point de vente, sa zone de chalandise et de réfléchir à de nouveaux services au public : paiement de proximité (amendes ou impôts payés en espèce jusqu’à 300 euros), produits postaux, ferroviaires, règlement du péage autoroutier en flux libre … Souvent, on pense connaître ses clients et leurs attentes, simplement parce qu’on les appelle par leur prénom, mais ce n’est pas aussi simple.
• Le bar-tabac n’a donc peut-être pas dit son dernier mot ?
•• Philippe Coy : Le bar-tabac n’est pas mort, à la seule et unique condition d’évoluer, c’est une règle d’or du commerce. Il bénéficie d’un réseau très dense, positionné à des points stratégiques en ville comme en zone rurale. Il a de vrais atouts. Il a aussi prouvé qu’il était capable d’innover, par exemple en devenant le réseau de distributeur de la néobanque française Nickel. On fêtera dans les prochains jours le 4 millionième compte ouvert chez des buralistes. Ce n’est pas banal.
Autre note positive : nous étions depuis 2005 sur une très mauvaise pente, avec 500 à 600 débits qui fermaient par an. L’an dernier, nous sommes tombés à 120 fermetures. Nous avons eu, dans le même temps, 47 créations. Je note aussi que la profession s’est rajeunie. La moyenne d’âge est passée de 54 ans en 2017 à 48 l’an dernier.




