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6 Fév 2025 | Profession
 

Poussés par la baisse des ventes de cigarettes et la concurrence dautres commerces, les bars-tabacs se réinventent. Une manière de dépoussiérer leur image vieillotte et d’attirer une nouvelle clientèle. Extraits du reportage du Parisien / Aujourd’hui en France (édition du 5 février).

Démarrage au bar-tabac L’Étincelle, près de la Bastille (Paris, 9ème), devenu un incontournable. Chaque soir, une foule de fêtards se presse dans ce troquet resté dans son jus avec son zinc cuivré, ses tables en formica et ses néons au jaune tapageur.

Un tour de force que les gérants ne s’expliquent pas vraiment, sinon peut-être par le succès de leurs … nems. Le matin, c’est une autre ambiance, très populaire. Les ouvriers des chantiers et les éboueurs se mêlent aux gens du quartier. Et le midi, ça change encore …

•• « Les bars-tabacs sont aujourdhui à un tournant », estime Jean-Laurent Cassely, à la tête du bureau de tendance Maison Cassely, spécialisé dans les modes de vie et de consommation (voir 17 février 2019).

Dans une note parue ce mercredi 5 février, l’essayiste relève un drôle de paradoxe : d’un côté l’attachement « extrêmement fort » de la population à ces commerces considérés comme « des pièces de patrimoine », « une émanation de l’art de vivre et de la sociabilité à la française » ; et de l’autre une aversion profonde pour les établissements les plus glauques, perçus comme des « lieux de marginalité et de relégation », écrit-il.

•• Avant de devenir lheureuse patronne du Lutetia, à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), Lou Hang a tenu pendant plus de quinze ans un PMU à Joigny (Yonne).

« Il ny avait que des hommes taiseux qui buvaient du café du matin au soir, en jouant aux courses dans leur coin. Ce n’était pas une affaire très sympa », confie-t-elle. Dans son nouvel établissement, la clientèle est bien plus mixte. « Jai par exemple des mamans qui viennent prendre un petit café après avoir déposé les enfants à l’école », apprécie-t-elle. Quant aux paris hippiques, ils ont été relégués dans un coin.

En novembre, elle a vu débarquer pour la première fois l’impensable : une horde de jeunes inconditionnels qui ont transformé, le temps d’une soirée, son bistrot en club. À l’origine de ces fêtes itinérantes, le collectif Bouledogue a déjà à son actif plus de 70 événements du même type dans des rades de quartier, à Paris et Lille (Nord). La dernière édition a cumulé près 600 réservations gratuites. « Les gens aiment ces bars parce quils sont sans fioritures ni chichi », dit-il. 

•• « La restauration est un vrai levier », constate Jean-Laurent Cassely.

À quelques encablures de l’Étincelle, la patronne de lAspara (9ème), s’est fait connaître grâce aux bo buns qu’elle sert au déjeuner dans la petite salle couverte de lambris attenante au comptoir. Depuis le Covid, entre l’achat d’un paquet de clopes et d’un ticket à gratter, on s’arrache aussi ses sandwichs banh mi. « Avant, jen vendais cinq par jour, maintenant, cest une centaine », se félicite-t-elle.

•• Petite épicerie, dépôt-retrait de colis, vente de tickets de transport … Les bars-tabacs ont dautres cordes à leur arc. Ils vont jusqu’à vendre des services bancaires.

« Quatre millions de comptes ont été ouverts chez des buralistes depuis le lancement il y a dix ans de Nickel, la filiale de la BNP », annonce Philippe Coy, le président national de la Confédération des buralistes (voir ci-dessous).

Et c’est sans compter sur la diversification : le patron du Gallia, rue Saint-Maur (11ème), à Paris, la bien compris en transformant le soir, sa brasserie en bar-cave à vin. Même décision prise il y a quelques mois au tabac-presse-jeux la Quille, à Cellettes, gros bourg près de Blois (Loir-et-Cher).