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axa-franceRevenons sur cette information du début de la semaine, selon laquelle l’assureur français de réputation et envergure mondiale n’investira plus dans le secteur du tabac, l’estimant « contradictoire avec sa politique de santé » (voir Lmdt du 23 mai).

Une nouvelle qualifiée immédiatement comme « excellente et qu’il faut saluer » par le professeur Yves Martinet, président du CNCT (Comité national contre le Tabagisme). Cette « nouvelle incroyable aurait pu être écrite par l’OMS » commentant pour sa part, à l’AFP, Vincent Auriac, président d’Axylia, cabinet spécialisé en investissement responsable.

•• Ainsi, AXA va céder ses actions chez tout fabricant de tabac (200 millions d’euros d’actions) et « cesser d’investir dans des obligations d’entreprises de l’industrie du tabac » ainsi que « réduire progressivement son portefeuille d’obligations émises par ces mêmes sociétés, dont la valeur s’élève à 1,6 milliard d’euros ».  Soit 0,62 % de son gigantesque portefeuille d’obligations, estimé à 252 milliards, et composé d’investissements dans pratiquement tous les secteurs que l’on puisse imaginer dont la chimie, la pharmacie et l’armement, pour ne citer que ces exemples.

À l’exception, toutefois, du charbon dont l’assureur s’est déjà désengagé (à hauteur de 500 millions d’euros), il y a tout juste un an, en vue de la COP 21. Dans un geste qui n’a pu que satisfaire les promoteurs politiques de celle-ci.

Et là, on peut légitimement se demander si ces décisions de « désengagement » ne répondent pas plutôt aux impératifs d’une simple politique de « lobbying » vis-à-vis de diverses institutions et organisations nationales ou internationales.

•• Par exemple, Axa a fait son annonce anti-tabac trois jours après l’entrée en vigueur du texte sur le paquet neutre. Hasard ou façon bien choisie de jeter un éclairage sur la politique d’un ministre de la Santé de la part d’un assureur dont les primes santé se sont élevées à 12 milliards d’euros en 2015 ?

En tout cas, le désengagement du charbon avait vite produit quelques dividendes : « nous avons bénéficié d’une aura positive et avons été associés à tous les débats liés au changement climatique » a confirmé, au Monde, Sylvain Vanston, membre de l’équipe développement durable chez Axa. Ce fut aussi un moyen symbolique de payer son ticket d’entrée à la « Task force on climate related financial disclosures », présidée par … Michael Bloomberg (voir Lmdt des 22 mars 2015 et du 1er juin 2014).

•• Mais afin d’accompagner ce genre de manœuvre, mieux vaut raconter une « belle histoire » pour que le bon public gobe le reste.

Ce ne serait pas les managers d’Axa qui ont réfléchi à la décision mais une jeune médecin cancérologue … australienne, Bronwyn King, qui a convaincu l’assureur. Arrivée en 2010 à l’hôpital de Melbourne dans un service de traitement du cancer des poumons, elle découvre que le fonds de pension, auquel son établissement cotisait, avait des participations liées aux entreprises du tabac. Indignée, elle fait campagne et arrive à convaincre les gérants du fonds à désinvestir. Dans la foulée, elle crée une association « the Tobacco free portfolios » qui en six ans aura contribué à faire se retirer du tabac près de la moitié des fonds australiens.

Et maintenant, elle s’attaque aux grands investisseurs mondiaux. C’est lors d’une tournée en France, où elle a été jeune fille au pair, qu’elle aurait contacté Axa. « Ses arguments nous ont convaincus. Pour un assureur santé, cette industrie du tabac est une sorte d’anomalie » déclare toujours Sylvain Vanston, comme saisi d’une brusque révélation.

Axa thomas-buberl•• Mais l’histoire semble bel et bien servir à ouvrir le chemin au « rouleau-compresseur de la nouvelle stratégie d’Axa qui se présente désormais  comme un assureur santé et investisseur responsable », souhaitant jouer un rôle dans la « prévention » et « soutenir les efforts des gouvernements » de la planète pour enrayer le tabac et ses effets désastreux sur la santé (repris  dans une dépêche AFP du 23 mai) :

. Déclaration de Thomas Buberl (photo) qui va prendre la tête du groupe, en septembre, après en avoir dirigé la branche Santé : « nous ne voulons plus être un simple payeur de facture, mais un acteur dans le domaine de la santé en développant la prévention. Par ce désinvestissement du tabac, nous prenons notre part et soutenons les efforts des gouvernements du monde entier. Les assureurs ont longtemps travaillé seuls. Maintenant, ils doivent s’associer à des entreprises des télécoms ou avec les GAFA / Google, Amazon, Facebook, Apple ».

. Décryptage de Dominique Gallois, journaliste au Monde : « la volonté d’Axa est d’être un acteur écouté dans la santé, un domaine dans lequel le groupe entend privilégier la prévention et s’appuyer sur l’évolution technologique. Des applications sur le téléphone donnent déjà des indications sur la santé de chacun. Thomas Buberl entend d’ailleurs poursuivre ses recherches sur les risques. Après le tabac, le groupe va lancer des études sur le sucre et l’alcool ».

•• Dernier point

. Les fumeurs avérés, assurés chez Axa, ont peut-être des soucis à se faire. Même si Sylvain Vanston se précipite pour annoncer : « nous ne cherchons pas à stigmatiser les fumeurs, notre cible, ce sont les cigarettiers ».

. Quant aux buralistes, assurés chez Axa, et qui se posent des questions, ils peuvent toujours se tourner vers la Mudetaf, leur mutuelle.