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23 Mar 2026 | International
 

Le site d’emploi Jobleads, qui a publié ce chiffre le 17 mars, se fonde sur la consommation de tabac, le nombre de salariés, le taux de fumeurs, la durée moyenne des pauses ou encore les rémunérations. Une estimation néanmoins à relativiser. C’est ainsi que débute un article du Monde, daté du 20 mars, que nous reprenons.

Plus de 5 milliards par an : tel est le coût annuel en France, outre-mer compris, des pauses cigarettes pour les employeurs, à en croire Jobleads.
Le portail d’emplois a effectué ce calcul en prenant en compte, par région ou territoire, d’autres sources ou études comme la consommation de tabac, le nombre de salariés, le taux de fumeurs, la durée moyenne des pauses, les rémunérations… Au risque d’approximations : pour évaluer le temps passé à fumer sur le lieu de travail, Jobleads se fonde, par exemple, sur une étude YouGov menée non pas en France mais au Royaume-Uni.

Mais l’étude a le mérite d’exister et, en brassant tous ces éléments, parvient à un total supérieur à 5 milliards d’euros.
La pause cigarette n’a donc rien d’anodin : il s’agit d’un temps non productif « qui peut également interrompre le flux de travail et réduire la concentration », commente Jan Hendrik von Ahlen.

Le cofondateur et directeur général de Jobleads n’est pas le premier à se pencher sur le sujet : déjà en 2013, une étude américaine publiée dans la revue Tobacco Control, qui prenait en compte les pauses mais aussi l’absentéisme lié à une moins bonne santé, estimait qu’un fumeur coûtait en moyenne près de 6 000 dollars [environ 5 240 euros] de plus par an qu’un non-fumeur à son employeur (voir 4 juin 2013).

La facture du tabac pour les entreprises demeure donc considérable à première vue.

Mais à y regarder de plus près, ce coût semble majoré dans la mesure où une bonne partie du temps de consommation s’effectue durant les pauses accordées par les employeurs aux salariés. La loi accorde en effet au minimum aux salariés 20 minutes de pause après six heures de travail consécutives.

S’ils fument durant ce temps, ils ne coûtent pas plus cher à leur employeur que leurs collègues qui se détendent en bavardant ou en pianotant sur leur téléphone. À cela s’ajoutent les conventions, les règlements d’entreprise et les usages qui organisent ou tolèrent des pauses de courte durée pour prendre l’air, un café ou une cigarette. Pauses qui s’intègrent au temps de travail rémunéré si le salarié demeure disponible en cas de besoin.

Reste que les lois antitabac compliquent la vie des accrocs à la nicotine car la pause cigarette ne peut se prendre à l’intérieur, sauf si l’employeur aménage un espace à cet effet.

S’il existe, ce fumoir doit entre autres être « maintenu en dépression continue d’au moins cinq pascals par rapport aux pièces communicantes » et « doté de fermetures automatiques sans possibilité d’ouverture non intentionnelle », précise la réglementation.

Au vu de ces exigences, les entreprises préfèrent généralement installer un coin fumeurs à l’extérieur moins onéreux qui se limite souvent à un cendrier géant et à une ombrelle.

Mais pour les salariés qui travaillent dans de grands immeubles de bureau, le parcours et le temps pour y accéder (ascenseurs, péages à badger décomptant éventuellement la présence sur site) peuvent être dissuasifs.

Alors les fumeurs partent-ils plus souvent en pause que les autres salariés ?

Difficile de le savoir. Ils sont à la fois plus tentés du fait du caractère addictif de la nicotine et davantage dissuadés par le regard stigmatisant et une réglementation toujours plus restrictive : depuis 2025, les espaces sans tabac s’étendent aux alentours immédiats des établissements scolaires et installations sportives, ce qui interdit aux salariés travaillant dans ces périmètres de s’en « griller une » devant l’entrée.

Mais aussi néfaste pour la santé soit-elle, la pause cigarette stimule les interactions entre salariés fumeurs, au même titre que les autres types de pause.

« C’est à cette occasion que l’on partage ses doutes et angoisses avec d’autres. La frontière entre « vraie pause » et « travail » devient alors ténue et sert le travail, soit en permettant de l’approfondir selon des modalités plus flexibles et libres, soit parce qu’ils ont permis de respirer un bon coup avant d’y replonger », remarque Sophie Rauch, chercheuse postdoctorante et auteure de l’essai On se fait une pause ? publié chez Vuibert (2025) qui explore les interstices de « non-travail » dans la vie active.

(voir aussi 19 juin 2015 et 8 octobre 2012)

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