En déplacement ce 2 décembre au Mont-Saint Michel (dont la restauration des zones humides fait partie des vingt projets qui bénéficieront d’un financement dans le cadre du jeu à gratter Mission Nature), Stéphane Pallez répond aux attaques sur le « Loto de la Diversité » et en donne les premiers résultats à Ouest-France (voir 19 octobre, 7 février).
Ouest France : Quel premier bilan tirez-vous du jeu « Mission Nature » ?
Stéphane Pallez : Il est tout à fait satisfaisant puisqu’en un peu plus d’un mois, les ventes de Mission Nature ont déjà permis de récolter 4 millions d’euros pour les vingt projets sélectionnés. Nous avions publiquement fixé un objectif de 6 millions, nous sommes donc très avancés.
Et au-delà ce cette somme, la vente de ces 14 millions de tickets permet une meilleure sensibilisation aux enjeux de la biodiversité avec la mise en avant de projets très concrets sur le terrain. Nous participons à en faire une cause d’intérêt national (…)
Ouest France : Une édition 2024 est-elle en préparation ? Aura-t-elle une thématique et recevez-vous déjà des projets ?
S. P. : Oui, il est probable qu’avant le printemps, nous lancerons l’édition 2024 avec un appel à de nouveaux projets.
Ouest France : Pourtant ce 29 novembre, dans le cadre de l’examen du Budget, les sénateurs ont supprimé Mission Nature. « Ce n’est pas une bonne chose de mêler la biodiversité avec des loteries », a estimé le rapporteur LR du budget. Les députés vont certes pouvoir le réintégrer, mais êtes-vous inquiète ?
S. P. : Non, j’ai confiance dans la sagesse du Parlement, dont nous sommes évidemment dépendants, puisqu’il faut que l’affectation des recettes de ce jeu soit reconduite par la Loi de Finances. J’attends donc avec confiance et j’avoue avoir du mal à comprendre pourquoi les mêmes parlementaires qui soutiennent Mission Patrimoine sont hostiles à Mission Nature.
Ouest France : Par ailleurs, France Nature Environnement voit en ce jeu une « arnaque à la biodiversité ». D’autres parlent de gadgets ou s’inquiètent du rapprochement entre biodiversité et jeu d’argent. Que répondez-vous ?
S. P. : Je n’ai pas envie de polémiquer. Je rappelle simplement qu’une émanation locale de cette association va bénéficier de financements de Mission Nature à travers un des projets sélectionnés. Oui, on peut aussi aider la biodiversité en donnant directement aux associations. Nous y contribuons : prenons l’exemple de Mission Patrimoine, le grand frère de Mission nature. Ce jeu a eu un très fort impact sur la mise en avant des projets de sauvegarde et leur a permis de lever davantage de fonds.
Comme tous les produits de FDJ, c’est un jeu. Les joueurs peuvent gagner ou perdre, mais personne n’est obligé de jouer : tout est transparent et par ailleurs nous sommes très impliqués dans la prévention de l’addiction de manière générale. Je suis donc convaincue que, oui, ce jeu est utile pour la biodiversité car il permet de parler de ces projets et de les financer.
Ouest France : Même sur le fait que seulement 43 centimes sur les 3 euros que coûte le jeu sont reversés aux projets ?
S. P. : Ces 43 centimes représentent 40 % de la somme disponible, une fois qu’on a financé les gains pour les joueurs : c’est le plus haut pourcentage possible. Je rappelle que FDJ doit aussi s’acquitter des taxes, rémunérer son réseau de 30 000 revendeurs et assumer les coûts de fabrication.
L’idée que FDJ s’enrichit sur le dos de la biodiversité est totalement absurde. Mission Nature est un petit jeu par rapport à l’ensemble de notre offre. Encore une fois, ceux qui ne veulent pas jouer peuvent donner directement aux associations et je les encourage à le faire.
Ouest France : Le Président de la République, lui, semble tenir au jeu, puisqu’il a déjà annoncé mardi aux Assises de l’économie de la mer que l’édition 2025 sera consacrée à la protection des sites emblématiques maritimes de la métropole et de l’Outre-Mer.
S. P. : Oui, c’est un engagement important. En 2025, la France accueillera la Conférence des Nations Unies sur les océans et la Mission Nature y sera donc associé. Je suis certaine que nous recevrons de beaux projets en lien avec les associations et collectivités locales, mais aussi en partenariat avec le gouvernement et l’Office français de la biodiversité. Il y en a déjà qui sont consacrés au maritime cette année, d’ailleurs. Un des enjeux est qu’ils soient bien répartis sur le territoire.
Ouest France : La semaine dernière, Emmanuel Macron a même joué et gagné six euros … Une belle publicité ? (voir 25 novembre)
S. P. : Comme plus de 25 millions de Françaises et de Français, il arrive au Président de la République de jouer à nos jeux, et même de gagner ! Plus sérieusement, le projet Mission Nature a toujours été soutenu par le gouvernement, en particulier par la secrétaire d’État chargée de la Biodiversité, Sarah El Haïry, qui a présidé le comité de sélection des projets.
Ouest France : Cherchez-vous toujours une personne pour incarner le jeu, comme c’est le cas avec Stéphane Bern pour Mission Patrimoine ?
S. P. : Il n’y a pas deux Stéphane Bern. Il avait été missionné par le président de la République pour trouver des moyens pour le patrimoine et a proposé de mettre en place les jeux Mission Patrimoine. Sur la biodiversité, la démarche est différente et il n’y a pas de personnalité missionnée.
Mais oui, on a envie, pour l’édition 2024, d’avoir des ambassadeurs qui portent le projet avec nous. Par ailleurs, nous en avons déjà au niveau territorial sur les projets ; et avec les grandes associations qui sont très engagés. Le succès de ce premier mois montre que nous n’avions pas forcément besoin d’une personnalité pour lancer Mission Nature.
Ouest France : Quelles sont vos actions pour défendre l’environnement, sur le papier par exemple ?
S. P. : Depuis longtemps et bien avant ce jeu, nos tickets sont imprimés avec du papier FSC, qui présente les meilleures caractéristiques en termes d’empreinte environnementale. Nous travaillons aussi avec des associations ou ONG pour mieux sourcer l’origine de notre papier ou avec l’ONF pour financer la reforestation et la préservation de forêts. Nous allons continuer. Et pour ceux qui ne veulent pas de papier, je rappelle que le jeu est également disponible sur Internet.




