Pourquoi un produit, comme la cigarette électronique, se diffusant à une telle vitesse et pouvant comporter des dangers est si peu documenté en termes d’études ? Serait-ce une nouvelle illustration du décalage entre le rythme de l’innovation et notre capacité d’évaluer les dangers et les risques ? La question est posée par William Dab, médecin épidémiologiste, ancien directeur général de la Santé et professeur titulaire du Cnam, dans le blog « Des risques et des hommes » du Monde.fr.
Le professeur prévient qu’il n’a aucune expérience, ni compétence particulière sur le sujet. Mais, étonné de l’ampleur des commentaires échangés sur son blog, il lance comme une alerte : « la e-cigarette incarne bien les défis de la gestion des risques des innovations que nous aurons à affronter de plus en plus souvent. Ces défis demandent des débats au-delà des cercles des spécialistes ». Pour ce faire, il s’est appuyé sur un rapport récent venant du Québec, et validé par l’Institut National de Santé publique du Québec (INSPQ). Un rapport qui, selon le professeur, outre le recul de ses analyses, apporterait un éclairage différent, venant « d’ailleurs ».
• Le rapport québécois souligne que, malgré toutes les études portées à notre connaissance, la cigarette électronique se caractérise toujours par le manque d’information disponible sur ses composantes (avec nicotine et surtout …sans nicotine) et par les limites des éléments disponibles sur l’impact sanitaire en terme de cessation tabagique.
Première conclusion de William Dab : faute de données suffisantes, le débat entre « médicament » ou « vente libre » n’est que « l’expression d’une opposition entre des opinions qui ne peuvent pas être étayées par des arguments scientifiques ».
• Le même rapport souligne, à juste titre selon William Dab, que la priorité devrait être de caractériser le profil d’innocuité de ce produit, dans son usage à long terme Or, les effets des produits sur la santé n’ont pas encore fait l’objet d’un examen rigoureux, la façon d’aspirer et … à répétition, non plus. De même pour les conséquences sur la santé, de l’usage des cigarettes électroniques en combinaison avec la cigarette conventionnelle.
Deuxième conclusion pour le professeur : « Je sais que ceux qui pensent que la e-cigarette est préférable au tabac (je suis enclin à leur donner raison) considèrent que ceux qui évoquent ses dangers sont des suppôts de l’industrie du tabac. Mais je me méfie de ces jugements interprétatifs. Le meilleur service que l’on peut rendre aux consommateurs est de leur fournir les informations les plus justes possible et de faire confiance à leur intelligence pour gérer leurs risques. Ce qui ne veut pas dire que ces produits ne doivent pas être encadrés au plan collectif par la loi et le règlement ».
• Enfin, dernier point sur lequel William Dab réfléchit : l’atteinte que porterait la cigarette électronique « aux efforts de prévention de l’usage du tabac » et la création possible de « passerelles vers le tabagisme ou la dépendance à la nicotine ».




