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Deuxième pays au monde à légaliser le cannabis à usage récréatif (voir 17 octobre 2018), le Canada poursuivait deux objectifs : contrôler les milliards de dollars du marché noir et créer une industrie prospère autour de cette drogue.

•• D’après Le Figaro, le premier objectif est une réussite. Selon Statistique Canada, 68 % des consommateurs ont acheté légalement en 2020. « Les enquêtes surestiment généralement la partie légale et sous-estiment la partie illégale », relativise Michael Armstrong, professeur de l’université Brock de St Catharines (Ontario), tout en soulignant qu’il « existe une tendance claire vers des dépenses plus légales et moins illégales ».

« Les petits revendeurs illégaux ont été les plus touchés », confie le psychologue Serge Brochu, professeur à l’École de criminologie de l’université de Montréal, « les grandes organisations criminelles ayant une offre diversifiée d’activités illicites ont pu investir dans d’autres créneaux. » « Le marché noir canalise de plus en plus ses efforts sur les sites internet pour proposer des produits à moindre coût », note Amnon Jacob Suissa, professeur de sociologie de l’université du Québec à Montréal.

•• La réalisation du deuxième objectif gouvernemental, non avoué, la création d’une économie de la marijuana, est plus contrastée.

« La contribution de l’industrie légale du cannabis au PIB est estimée à 12 milliards de dollars », estime certes Serge Brochu, soit une hausse de plus de 400 % depuis la légalisation. Mais l’essentiel de la croissance a eu lieu avec l’ouverture de 2 600 boutiques de cannabis. Les ventes au détail ont augmenté de 58 % entre juin 2020 et juin 2021, pour atteindre 3,5 milliards de dollars à l’échelle nationale, selon Statistique Canada.

Revers de la médaille ? Fin 2020, environ 20 % des Canadiens déclaraient avoir consommé du cannabis dans les trois derniers mois, contre 14 % avant la légalisation.

•• La situation est plus délicate pour les principaux acteurs de l’industrie. « Les producteurs se sont trop développés jusqu’en 2019 et ont réduit leurs effectifs depuis lors » explique Michael Armstrong, « plus récemment, les petits producteurs de meilleure qualité ont gagné des parts de marché. »

Le secteur est toujours en restructuration. « Jusqu’à présent, il y a eu relativement peu de bénéfices pour les entreprises ou les investisseurs, mais cela s’améliorera avec le temps », estime le professeur Armstrong.

« On remarque de plus en plus une spécialisation des entreprises afin de trouver un avantage concurrentiel face au marché actuel », précise Serge Brochu. C’est le cas avec des boissons à base de cannabis ou des produits comestibles.

De grands acteurs du secteur se tournent plutôt vers le cannabis médicinal, légalisé en 2001. « C’est toutefois un défi, car peu de recherches ont été faites pour prouver ou réfuter spécifiquement quels ingrédients du cannabis sont efficaces pour quelles conditions » tempère Michael Armstrong.

(Voir aussi 26 août 2021, 31 décembre et 18 novembre 2020).