Les jeux à gratter, c’est un peu le cadeau passe-partout qu’on glisse sous le sapin ou dans une enveloppe. À Bourg-en-Bresse, les buralistes voient débarquer des clients à la recherche de ces tickets qui font rêver. Mais si les ventes reprennent un peu avec Noël et le Nouvel An, tout le monde n’est pas à la fête ici dans un reportage du Progrès.
Pendant que les familles déballent leurs cadeaux au pied du sapin, quelques bureaux de tabac de Bourg-en-Bresse gardent leurs portes ouvertes. Une tradition qui n’a rien de joyeux pour les buralistes, mais qui révèle une réalité économique difficile. « Les gens espèrent un miracle de Noël avec les tickets à gratter, mais nous, on espère juste tenir jusqu’à la fin de l’année », confie le gérant d’un tabac situé à deux pas du centre-ville.
•• Avec la hausse des prix et la baisse des ventes de tabac – un recul de – 9 % en moyenne selon les chiffres de la Confédération des buralistes – beaucoup de commerces peinent à maintenir le cap. La vente de jeux à gratter, en revanche, explose pendant les fêtes : + 25 % en décembre 2023 par rapport au reste de l’année, d’après l’Autorité nationale des Jeux (ANJ). Et une augmentation du chiffre d’affaires de la Française des jeux (FDJ) de 6,7 % sur la dernière année.
Pour un buraliste de quartier, le 25 décembre est devenu l’un des jours les plus fréquentés de l’année. « On voit de tout : des gens qui cherchent un dernier cadeau au déjeuner, des habitués qui viennent pour discuter, et ceux qui achètent des tickets en espérant changer de vie. »
Mais ces ventes ne suffisent pas à compenser la baisse générale de chiffre d’affaires. « C’est un peu comme gratter un éphémère », ironise une consœur. « On survit grâce à des produits qui promettent des rêves, mais la réalité, c’est que notre secteur se casse la gueule. »
•• En 2023, Bourg-en-Bresse comptait 32 bureaux de tabac, 38 en 2018. Ils sont passés sous la barre des 30 en 2024. Cette érosion s’explique par une conjonction de facteurs : hausse des taxes, concurrence du marché noir et évolution des habitudes de consommation. « Les cigarettes électroniques et les paris en ligne prennent une part croissante de notre activité, mais ce n’est pas suffisant pour éviter les fermetures », explique le buraliste.
Pour les buralistes, l’avenir passe inévitablement par la diversification. « Aujourd’hui, on ne peut plus se contenter de vendre des cigarettes et des jeux. On doit proposer d’autres services, comme des relais colis, des produits bios ou même des offres bancaires simplifiées », poursuit-il.
Ce modèle multi-services commence à émerger dans certains bureaux de tabac de Bourg-en-Bresse, mais il nécessite des investissements conséquents. « C’est une course contre la montre. Si on ne s’adapte pas, on est condamnés » conclut une consœur.




