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31 Déc 2024 | Profession
 

Thierry Marx interpelle le Gouvernement sur les défis urgents de la restauration dans une interview du JDD (propos recueillis par Lara Tchekov). Extraits.

• JDD : La période des fêtes est traditionnellement un moment clé pour les restaurateurs : le cru Noël et Saint-Sylvestre 2024 s’annonce-t-il prometteur ? 

•• Thierry Marx : Oui. Il y a une réelle envie de décompresser et de faire la fête. Les hôteliers connaissent une belle progression (+2,2 points sur lensemble du territoire). Leffet JO a renforcé lattractivité de la France, tout comme la réouverture de Notre-Dame qui a attiré un public nombreux à Paris. Ce cru semble donc bien meilleur que celui de 2023 (…) 

• JDD : Quel bilan les professionnels de la restauration et de l’hôtellerie tirent-ils de l’année ? 

•• Thierry Marx : Cette année est vraiment atypique. Nous avons connu une baisse de fréquentation avant les JO, avec de nombreuses défaillances, notamment en raison de la « bunkérisation » de certaines zones urbaines où les commerces ont été asséchés. Puis il y a eu le mauvais temps, le contexte dincertitude lié à la dissolution de lAssemblée nationale, des éléments qui ont provoqué un effet de sidération et une baisse de la fréquentation. Les menaces sur le pouvoir dachat encouragent les consommateurs à faire des arbitrages. 

• JDD : Finalement, quel bilan dressez-vous du secteur du tourisme dans son ensemble ? 

•• Thierry Marx : Les étrangers reviennent en nombre. Il y a eu brièvement un phénomène d’évitement pendant les JO, pour ceux qui ne sintéressaient pas au sport, mais on observe désormais un regain dintérêt pour Paris et la France. Malgré cela, les professionnels ne sy retrouvent pas. Certes, il y a une augmentation du chiffre daffaires, mais les coûts des matières premières, du travail et de l’énergie diminuent leurs marges. 

• JDD : De quelles mesures urgentes le secteur a-t-il besoin ? 

•• Thierry Marx : De stabilité. Nous sommes des TPE et PME et faisons face aux mêmes enjeux que nimporte quelle entreprise. Les vagues de licenciement dans de grands groupes font du bruit, mais on oublie les défaillances dentreprises, PME et TPE, qui licencient deux, trois personnes sans que cela nattire lattention. Je crains quaprès les fêtes, certains secteurs déjà fragilisés ne soient encore plus touchés, et il y aura forcément des conséquences sur lhôtellerie-restauration.

Nous allons tous nous souhaiter « santé et prospérité », mais cela devrait devenir un projet politique. À lUmih, on travaille à un permis dentreprendre, à une formation pour accompagner les futurs et actuels entrepreneurs du secteur dans leur gestion quotidienne pour les armer face aux défis spécifiques du secteur. Quon nous fasse confiance !  

• JDD : Regrettez-vous la censure du budget ? 

•• Thierry Marx : Javais émis des craintes concernant le budget, notamment sur lapprentissage et laugmentation du coût du travail. Mais le manque de stabilité que la censure a engendré me semble encore plus délétère. Nous navons plus dinterlocuteurs. À chaque changement de Gouvernement, nous devons reprendre les dossiers qui étaient en cours avec le précédent. Jai récemment relu les mémoires de Churchill, une de ses phrases me semble très pertinente : « Les gens ne veulent pas être utiles, ils veulent être célèbres. » 

• JDD : Espérez-vous que le nouveau budget renonce à la diminution des aides à lapprentissage ? 

•• Thierry Marx : On ne peut pas sattaquer à lapprentissage. Notre secteur est confronté structurellement à des difficultés de recrutement. Jajoute que laccès au travail à travers un projet professionnel est un facteur de stabilité, notamment dans les quartiers défavorisés ou en milieu rural. Lapprentissage doit être soutenu pour attirer les jeunes dans un parcours de métier épanouissant qui les relie durablement au monde du travail. 

• JDD : Comment sannonce lannée 2025 ? 

•• Thierry Marx : Pour lhôtellerie, les tendances ne sont ni inquiétantes ni enthousiasmantes. Lattractivité de notre pays sest maintenue, mais la dynamique peut sinverser rapidement. À lannonce de la dissolution, il y a eu un frein immédiat sur les réservations et la stabilité politique nest pas encore assurée. La France et ceux qui la gouvernent doivent absolument redoubler defforts pour maintenir nos positions. 

• JDD : Les titres-restaurant utilisés pour faire les courses représentent un manque à gagner de 576 millions deuros pour les restaurateurs. Laccord avec le Mercosur, désormais signé, mais pas encore ratifié par le Parlement, doit-il être combattu ? 

•• Thierry Marx : Mon rôle est de soutenir nos agriculteurs, et dailleurs ça fait des années que je défends le label agricole Bleu-Blanc-Cœur. Le Mercosur doit être débattu et défendu dans lintérêt de nos agriculteurs français. Ce qui ma réellement choqué, cest de constater que la parole de la France était en deçà de ce quelle devrait être et que cette instabilité politique ne nous permet pas de porter notre voix auprès de Bruxelles pour défendre nos intérêts. 

• JDD : Vous déplorez lutilisation des titres-restaurant par la grande distribution. Vous proposez la création dun titre-alimentation. De quoi sagit-il exactement ? 

•• Thierry Marx : Les titres-restaurant utilisés pour faire les courses représentent un manque à gagner de 576 millions deuros pour les restaurateurs. Nous ne sommes pas là pour améliorer les marges de la grande distribution. Pourquoi ne pas créer un titre-alimentation qui ne toucherait pas seulement 16 % des salariés mais 80 % ?

Ce titre pourrait soutenir le pouvoir dachat des salariés en leur permettant daller au restaurant quand ils le souhaitent, tout en étant un outil solidaire qui profiterait également à nos agriculteurs : ce serait bien plus créatif que de vouloir opposer la restauration à la grande distribution.