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20 Déc 2024 | Profession
 

Ralentissement économique, ouverture du marché des casinos en ligne, consolidation accélérée du secteur, développement à l’international … Emmanuelle Malecaze-Doublet, directrice générale du PMU, détaille à l‘Opinion les défis à relever au cours des prochaines années pour l’opérateur de jeux hippiques. 

Comment le PMU a-t-il traversé cette année 2024 compliquée ? 

•• Emmanuelle Malecaze-Doublet : Malgré un contexte difficile pour le pouvoir d’achat que nous avons ressenti, notamment en début d’année, et l’instabilité politique, nous devrions dégager un résultat net autour de celui de l’an dernier, soit 835 millions d’euros, pour un chiffre d’affaires à environ 1,3 milliard. 

Cette performance a été tirée par la croissance de nos activités digitales et internationales. Sur nos 10 milliards d’euros d’enjeux annuels, nous en réalisons 3 milliards hors de France, où nous opérons à travers des partenariats avec des opérateurs de jeux locaux. En quelques années, nous avons quadruplé notre activité hors de nos frontières et nous continuons à miser beaucoup dessus. En 2025, notre objectif est de réaliser 10 % de croissance à l’international.

Tous nos marchés vont progresser, notamment en Afrique et en Asie, deux marchés porteurs. Pour l’anecdote, lors du dernier Grand Prix de l’Arc de Triomphe, 100 millions d’euros d’enjeux ont été enregistrés, dont 30 millions provenaient du Japon ! À l’avenir deux nouveaux marchés nous intéressent : la Chine et les Émirats arabes unis, aujourd’hui fermés pour des raisons réglementaires. Mais les choses évoluent, les Émirats viennent d’autoriser l’ouverture d’un premier casino. 

• Et en France, observez-vous un coup de frein depuis la dissolution de l’Assemblée nationale en juin dernier ? 

•• Emmanuelle Malecaze-Doublet : Oui, légèrement. Nos points de vente sont des capteurs de l’humeur du pays. En France, nous constatons une décroissance de l’ordre de 1 %, liée à une baisse des enjeux dans nos points de vente. La crise se manifeste par une légère baisse du trafic en points de vente, alors que le « panier moyen » est assez stable, autour de 14 euros. 

• Avec l’instabilité politique, le climat d’incertitude n’est pas près de prendre fin. Cette décroissance ne risque-t-elle pas de s’amplifier l’an prochain ? 

•• Emmanuelle Malecaze-Doublet : Non, nous ne tablons pas sur une aggravation de la situation en 2025. D’abord parce que l’inflation ralentit et que l’environnement difficile a ravivé pour les Français le besoin de convivialité, de se rassembler dans des endroits simples. Ensuite parce que nous continuons d’agrandir notre réseau de points de vente. 

Nous ouvrons en effet près de 1 000 commerces partenaires PMU par an (le solde net est néanmoins inférieur en raison des fermetures d’établissements), ce qui nous permettra d’atteindre l’an prochain un niveau de 15 000 bars partenaires PMU, contre 14 200 aujourd’hui (voir 9 février).

Et ce, en continuant de nous implanter dans les zones blanches, dans certaines zones rurales où nous sommes absents mais aussi les grandes villes où nous proposons depuis mars dernier un nouveau concept, Les Paris Mutuels Urbains plus premium, qui rencontre un très grand succès. Une quinzaine ont été ouverts cette année, un rythme que nous allons maintenir, avec un objectif total de 150-200 (voir 19 août). Dans le même temps, nous continuons d’investir dans le merchandising et les équipements de tous nos partenaires. Enfin, nous lancerons de nouvelles offres de jeux d’ici à 2026. 

Le PMU recrute-t-il beaucoup de nouveaux joueurs ? 

Emmanuelle Malecaze-Doublet : Oui, depuis deux ans, nous avons attiré 300 000 nouveaux joueurs, plutôt plus jeunes car la moyenne d’âge de nos parieurs reste stable, à 50 ans. J’y vois une reconnaissance de nos efforts pour moderniser l’image de PMU.

Le mois dernier par exemple, nous avons publié, en partenariat avec les éditions Fooding, un guide des 100 bars-PMU qui font la France qui résume notre raison d’être, « de l’émotion et du lien partout en France » (voir 12 novembre). Le changement d’image de PMU se traduit également par un grand nombre de candidatures spontanées pour venir travailler chez nous, c’est très nouveau ! 

Lors du précédent débat budgétaire, la taxation des paris hippiques en ligne a été évoquée avant d’être retirée. Craignez-vous qu’elle ressurgisse lors du prochain Budget même si François Bayrou s’est dit hostile ? 

Emmanuelle Malecaze-Doublet : Nous allons être vigilants. Les courses hippiques sont un jeu très particulier car PMU finance toute une filière. La totalité de notre résultat est reversée à la filière du cheval, 40 000 emplois agricoles en dépendent !

Sans PMU, il n’y a plus de filière. Si vous augmentez de façon significative les taxes, c’est autant de revenus en moins que nous ne reverserons pas à la filière et donc aux agriculteurs. Car après avoir réduit les coûts de 100 millions ces dernières années (sur 400), rationalisé son fonctionnement, PMU ne pourrait pas absorber de telles taxes, lesquelles, en fonction des différents scénarios évoqués s’élevaient à plusieurs dizaines de millions d’euros (voir 8 novembre).

Quelle est la part des jeux en ligne dans l’ensemble des enjeux de PMU ? 

Emmanuelle Malecaze-Doublet : Environ 20 %. C’est un marché où il y a de la concurrence avec notamment ZEturf, qui a été racheté par la Française des Jeux. Mais nous en sommes l’acteur dominant et maintenons notre part de marché. Le produit brut des paris hippiques tourne autour de deux milliards d’euros. 

Quels sont les grands défis à relever pour PMU au cours des prochaines années ? 

Emmanuelle Malecaze-Doublet : Il y a deux phénomènes majeurs sur le marché des jeux. Le premier, c’est le changement complet de l’environnement concurrentiel avec un mouvement très fort de consolidation, comme le montrent les différents achats de la Française des Jeux. Le second, c’est le positionnement de tous les opérateurs de jeux en acteurs multi-jeux, capables de proposer toutes les verticales, hippisme, sports, poker… Pour PMU, l’enjeu est de devenir un acteur multi-jeux très fort sur le digital.

PMU doit absolument réussir ce virage. C’est pourquoi, nous nous repositionnons fortement sur des activités autres que les courses hippiques. Nous proposons du sport et du poker et nous préparons l’arrivée des casinos en ligne en cas d’ouverture. 

Le débat sur la légalisation des casinos en ligne est revenu sur la table cet automne, pensez-vous vraiment qu’il débouche sur l’ouverture de ce marché ? 

Emmanuelle Malecaze-Doublet : Tous les acteurs de jeux se préparent à l’ouverture des casinos en ligne. Nous savons tous qu’elle finira par arriver. La France est le seul pays en Europe avec Chypre, où l’ouverture des casinos en ligne n’est pas encore effective. Ce marché pèse deux milliards d’euros, et rapporterait plus de 500 millions d’euros à l’État chaque année. 

Le PMU est en monopole sur le réseau de points de vente et la loi de 1891 qui régit votre activité limite votre offre. Faudrait-il une évolution du cadre réglementaire comme en ont bénéficié la Française des Jeux et les casinotiers ? 

Emmanuelle Malecaze-Doublet : Oui. Nous sommes effectivement les seuls parmi les acteurs du jeu en monopole à ne pas avoir vu le cadre réglementaire évoluer. Aujourd’hui, les paris hippiques se limitent à l’arrivée parmi les 5 premiers chevaux d’une course sur un pari mutuel. Nous pensons qu’il y a un fort potentiel de jeux hippiques qui seraient en ligne avec les consommateurs. C’est crucial pour recruter de nouveaux clients. Or, l’avenir de PMU viendra de la capacité à recruter de nouveaux clients et de proposer une offre innovante. 

Face à ces enjeux forts liés à la consolidation, l’évolution des besoins des consommateurs chez les commerçants partenaires PMU, et le repositionnement de la concurrence sur le digital, avez-vous la capacité d’investissement suffisante pour résister sur ce marché ? 

Emmanuelle Malecaze-Doublet : Nous avons les moyens d’investir pour nous repositionner en acteur multi-jeux sur l’ensemble des activités. Nous allons continuer d’investir dans notre produit digital et chaque année nous investissons plusieurs dizaines de millions d’euros. 

Mais est-ce suffisant, par exemple, pour lever des capitaux et participer à la consolidation ? Le statut de groupement d’intérêt économique, détenu par une soixantaine de sociétés de courses, comme France Galop ou Le Trot, sous la double tutelle de Bercy et du ministère de l’Agriculture, n’est-il pas un frein ? 

Emmanuelle Malecaze-Doublet : Au-delà de la nature de notre statut, la priorité est de garantir à long terme notre capacité d’investissement et d’innovation. C’est crucial pour le financement de la filière mais aussi parce que PMU est un acteur essentiel pour le lien social partout en France.