
Réorganisation pour plus d’efficacité, selon le Gouvernement, reprise en main politique aux dépens de l’indépendance scientifique, pour des acteurs de la santé : l’annonce d’un « recentrage stratégique » de Santé publique France (SPF), qui perdrait la main sur des campagnes de prévention, suscite l’inquiétude… Selon une dépêche de l’AFP (du 30 janvier) que nous reprenons.
Ce « recentrage stratégique » de l’agence sanitaire publique
a été décidé, avec deux évolutions principales : « la gestion des stocks stratégiques et de la réserve sanitaire » va dépendre directement du ministre de la Santé, et les campagnes nationales de communication en santé publique seront « transférées » au ministère et à la Caisse nationale d’assurance maladie, a indiqué le cabinet de Stéphanie Rist à l’AFP.
(NDLR : rappelons que SPF est responsable, notamment, du Mois sans Tabac dont nous avons souligné, ici-même, les piètres résultats / voir 2 décembre et 1er novembre 2025).
Selon France Inter, qui l’a révélée, cette réforme a été décidée lors d’une réunion interministérielle, validée par le Premier ministre Sébastien Lecornu et annoncée, le 29 janvier, aux personnels par la directrice générale de SpF, Caroline Semaille.
Il y a près d’un an, les ministres pilotant alors la santé, Catherine Vautrin et Yannick Neuder, avaient demandé à l’Inspection générale des Affaires sociales (Igas) un « état des lieux » des missions et des « moyens humains, financiers, techniques » de SpF, faisant naître des premières craintes sur le sort de l’agence.
Ce rapport n’a pas été divulgué.
Née de la fusion de plusieurs organismes publics (InVS, Inpes, Eprus, Adalis), Santé publique France a été créée en 2014 pour doter la France, comme les États-Unis ou l’Angleterre, d’un établissement regroupant des missions de prévention et promotion de la santé, d’alertes et de surveillance (…).
Quant au transfert des campagnes de communication, à partir de « début 2027 », il vise à produire « des messages plus clairs » car une « multiplication des porteurs de campagnes » a « pu brouiller la lisibilité de la parole publique en santé », selon le cabinet de Mme Rist, écartant toute recherche d’économies.
Le Gouvernement envisage environ deux milliards d’euros d’économies supplémentaires sur les agences et opérateurs de l’État, a indiqué mi-janvier la ministre de l’Action et des Comptes publics, Amélie de Montchalin.
Pas hostile à « recentraliser un peu, pour avoir un seul maître à bord » et favoriser la prévention, un connaisseur du système de santé a évoqué auprès de l’AFP, sous couvert d’anonymat, « un grand meccano en cours entre le ministère de la Santé et différentes agences ».
Mais sur fond de tensions persistantes sur le budget de l’État et des sujets de santé et d’environnement, la restructuration annoncée de SpF a créé de l’émoi.
L’agence est « dans le giron de l’État mais, scientifiquement, elle a une expertise indépendante », s’est alarmé auprès de l’AFP le docteur François Bourdillon, craignant un « démantèlement » de cette agence qu’il a créée et dirigée jusqu’en 2019. « Replacer les campagnes de santé publique au ministère de la Santé donne vraiment l’impression d’une reprise en main ».
« Pourquoi est-elle attaquée alors qu’elle assume pleinement ses missions et qu’il y a tant à faire dans la santé ? », a-t-il demandé, évoquant une influence de lobbies.
Pointant une « logique illisible », Bernard Basset, président d’honneur du réseau Addictions France et ex-directeur adjoint de l’Inpes, se demande « s’il n’y a pas un calcul politique sur le contrôle d’informations sur des sujets de santé où des lobbies sont actifs : alcool et nutrition ».
Hendrik Davi, député écologiste et administrateur de SpF, redoute aussi « un risque majeur de censure sur des campagnes pourtant essentielles : tabac, alcool, drogues, pollution, santé sexuelle… »
Pour le professeur Serge Hercberg, l’un des concepteurs du Nutri-Score, « ni l’idéologie politique ni les intérêts économiques ne doivent prévaloir sur la science ».
« Dans de nombreux contextes internationaux, l’affaiblissement du rôle des agences scientifiques indépendantes a conduit (…) à une perte de confiance durable des citoyens dans la parole publique », a également prévenu la Société Française de Santé Publique dans un communiqué.




