Malgré sa récente interdiction (voir 25 février) …la puff, la cigarette électronique jetable, s’achète toujours très facilement sur les réseaux sociaux et inonde les cours de lycées. État des lieux inquiétant de France 3 Bretagne.
« Interdites les puffs ? Bah, ça ne change rien. » Autour d’un lycéen de 15 ans, ça fume à la sortie du lycée comme ça scrolle sur TikTok : tout le temps, par habitude, entre deux cours. Lui, ça ne l’intéresse pas, il préfère le sport. Mais ce n’est pas le cas du reste de ses camarades de classe. Il est en seconde à Rennes … Alors, interdites les puffs ? Officiellement, oui.
•• Mais dans les faits, les puffs sont toujours là. Un clic. Un goût. Un tarif. Et c’est livré à la porte du lycée, et même du collège. À Rennes comme ailleurs, la puff ne s’achète plus en points de vente. Il suffit d’en demander en message privé sur SnapChat, le réseau social préféré des ados. « J’ai des vendeurs de puff qui m’ajoutent direct sur mes réseaux, genre « PUF Rennes ». Ils envoient la liste, et si t’es intéressé, ils viennent, tu payes, et basta », raconte M., doigts agiles sur son écran. « Le lycée, c’est vraiment l’endroit le plus simple pour en trouver ».
Même pas besoin d’aller en chercher, les vendeurs démarchent les possibles acheteurs. J.16 ans, en première dans le même lycée confirme : « On envoie un message et ils nous envoient la liste des goûts et des tarifs. Après, on achète. Celle-là, c’est une 9K Cherry Cola à 2%. Elle m’a coûté 10 balles. » Traduction : pour 10 euros elle a acheté cette cigarette qui clignote quand on inspire, au goût Cherry Cola, aromatisé cerise, et qui va lui permettre 9000 « taffes ». L’équivalent de 36 paquets de cigarettes. Elle rigole. Mais quand on lui demande si elle compte arrêter, elle hésite : « Franchement ? Je ne crois pas pouvoir. »
Vertes, bleues, rose bonbon. Avec des designs de têtes de mort type Mars Attacks et une boule à facette qui clignote au bout : les puffs sont faites pour séduire. Petites, discrètes, fruitées, lumineuses, elles s’échangent comme des cartes Pokémon.
•• Autour des lycées, ça vapote de toute part. Il suffit de jeter un œil dans une poubelle à l’entrée du lycée pour y trouver 10 puffs. Les vendeurs sur Snapchat l’ont bien compris. « C’est devenu un vrai business », explique le patron d’une boutique de vape à Rennes. « Les ados achètent par lots à d’autres jeunes qui se fournissent via des sites internet de vente en Chine ou aux États-Unis. Pour les clients, c’est rapide, efficace. Tout se passe sur TikTok, Instagram, SnapChat ou Telegram. »
Interdites mais dans les faits, elles n’ont jamais été aussi présentes. « Les revendeurs commandent sur un site d’achat en gros chinois et ça passe à travers la Douane », raconte un vendeur officiel de la place Sainte-Anne de Rennes. Vérification faite. Sur le site indiqué, pour 500 puffs achetées, le coup à l’unité est de moins de 5 euros. À cela on ajoute les frais de transport et pour moins de 6 euros pièce, la transaction est validée. Il suffit d’attendre le colis en point relais.
« Les produits ne sont pas testés, les taux de nicotine jamais clairs » poursuit-il. Pour lui, c’est comme jouer à la roulette russe. Pire : certains chiffres affichés 9 000 , 16 000, 50 000 taffes sont bidons. « Même coton, même liquide. Les marques les arnaquent en gonflant les chiffres. » Avec son collègue, ils nous font la démonstration en ouvrant l’intérieur d’une puff. 9 000 ou 16 000 ? À l’intérieur, pas de différence et aucun moyen de vérifier la concentration de nicotine. (Voir aussi 3 avril et 29 mars).
Pour ces vendeurs officiels de cigarettes électroniques, la revente de puff entre ados ne dérange pas leur marché, car de toute façon, il n’est pas légal de vendre des cigarettes à un mineur.
Pour eux, le plus dérangeant, c’est que tout le monde sait et que personne n’agit. Les enseignants les voient, les parents soupçonnent, les vendeurs illégaux en parlent sur les réseaux. Et dans la vraie vie, entre 16 heures et 17 heures devant n’importe quel lycée de France, il suffit d’ouvrir les yeux. La puff est là, elle crépite, elle clignote, elle sent la fraise chimique. Et elle se moque d’être interdite. Photo : Radio France France 3 Bretagne.




