
Le commerce illicite du tabac constitue un phénomène criminel mondial aux lourdes conséquences financières pour l’Union européenne et ses États membres.
C’est ainsi que débute une communication de la Cour des Comptes européenne, du 30 mars 2026, que nous reprenons.
Si la contrebande demeure un problème bien connu, une autre pratique prend de l’ampleur : la production illégale de produits du tabac contrefaits ne cesse de se développer au sein même de l’UE.
Des sites de fabrication clandestins ont été découverts dans presque tous les États membres.
Ce déplacement de la production depuis certains pays d’Europe orientale (comme la Biélorussie ou l’Ukraine) vers le territoire de l’Union répond à un choix stratégique des organisations criminelles : raccourcir les chaînes d’approvisionnement et être au plus près du consommateur. Nos auditeurs examinent actuellement dans quelle mesure les efforts déployés par l’UE et les États membres pour lutter contre le commerce illicite du tabac portent leurs fruits – ou s’ils risquent, au contraire, de partir en fumée. Le rapport devrait être publié cet été.
Le commerce illicite du tabac a profondément évolué ces dernières années.
Les cigarettes restent le principal produit concerné, mais de nouveaux segments gagnent rapidement du terrain, notamment le tabac à chicha, le tabac chauffé et les cigarettes électroniques.
Paradoxalement, alors que la consommation globale de tabac continue de reculer, la présence de produits du tabac illicites sur le marché européen est en hausse. En 2023, les cigarettes issues du tabac illégal auraient ainsi représenté 8,8 % de la consommation totale de cigarettes.
Selon la dernière estimation de la Commission européenne, les pertes financières pour l’Union et ses États membres liées aux produits du tabac illégaux dépasseraient 13 milliards d’euros.
Ces pertes résultent principalement de droits de douane, de TVA et de droits d’accise nationaux non perçus. Le commerce illicite du tabac constitue une activité particulièrement attractive pour les groupes criminels organisés en raison de sa forte rentabilité et d’un risque relativement limité : les sanctions ont longtemps été peu dissuasives et les taux de détection faibles.
Ces groupes disposent par ailleurs de moyens considérables qu’ils mettent au service de la contrebande et de la production, et savent adapter rapidement leurs modes opératoires.
Les produits du tabac illicites sont le plus souvent introduits dans l’UE par voie terrestre, en empruntant différents itinéraires, ou par voie maritime, dans des conteneurs. Les méthodes de contrebande sont devenues plus efficaces et plus sophistiquées : le tabac est désormais acheminé par colis ou via des services de livraison express, noyé dans les flux massifs du commerce électronique.
Quels sont les enjeux ? La santé, l’ordre public et la sécurité.
En donnant accès à des produits bon marché, le tabac illicite sape les politiques de santé publique destinées à réduire le nombre de fumeurs et l’exposition au tabagisme passif. Cette activité criminelle constitue par ailleurs une source de revenus importante pour les groupes criminels organisés, faisant peser un risque réel sur la sécurité de l’Union.
Des entités de l’UE et les États membres ont l’obligation de lutter contre la fraude et toute autre activité illégale portant atteinte aux intérêts financiers de l’Union.
À l’échelle européenne, cette lutte mobilise notamment la Commission européenne, l’Office européen de lutte antifraude (OLAF) et Europol.
Dans les États membres, les autorités douanières jouent un rôle central. Elles sont en première ligne pour empêcher la circulation illégale des marchandises, traquer les sites de production clandestins et détecter les mouvements transfrontaliers de produits du tabac illicites.
En tant que gardienne des finances de l’UE, la Cour des Comptes européenne évalue l’efficacité des actions menées par l’UE et les États membres pour lutter contre le commerce illicite du tabac.
Nous examinons en particulier le cadre de renseignement mis en place pour la collecte de données, la manière dont les autorités douanières ont conçu leurs systèmes de contrôle et dont elles coopèrent, le cadre d’action et de suivi de la Commission, ainsi que le soutien apporté par cette dernière. Nos auditeurs analysent en détail les travaux des services de la Commission et ceux des autorités de quatre États membres : la Belgique, l’Espagne, la Pologne et la Roumanie. Ces pays ont été sélectionnés de manière à garantir une répartition géographique équilibrée et sur la base des informations disponibles sur les saisies, les sites de production clandestins et les itinéraires de contrebande.




