Une fenêtre sur l’actualité quotidienne de tous les événements liés directement ou indirectement au tabac
9 Mar 2024 | Observatoire
 

La bière, devenue la meilleure concurrente du vin, le développement des microbrasseries, la déferlante des bières sans alcool … Anders Roed, Président-directeur général de Brasseries Kronenbourg dresse, dans Le Figaro, le panorama dun secteur en pleine mutation. Extraits …

•• Les derniers sondages d’opinion montrent que le monde de la bière est de plus en plus attractif …

Anders Roed : C’est une tendance quon observe maintenant depuis des années en France. Elle est surtout portée par les jeunes adultes consommateurs, qui commandent de plus en plus de bières dans les bars, mais aussi dans les restaurants. Il y a de plus en plus de bières consommées avec les repas. Cela concerne toutes sortes de bières différentes : des blondes, mais aussi des bières fortes de style belge, et aussi les IPA.

En France, il y a 15-20 ans, la plus grande part du marché revenait aux blondes standards et ensuite, il y a eu un bel engouement pour les bières dabbayes comme Grimbergen, avec un style un peu belge. Maintenant, il y a une variété immense de bières. En 1969, quand nous avons ouvert la brasserie dObernai, nous ne proposions que deux produits. Aujourd’hui, nous en avons plus de 60 avec une accélération ces dernières années. Nous présentons 5 à 6 nouvelles recettes chaque année.

•• Le développement des micro-brasseries contribue-t-il au succès de la bière ?

A. R. : En effet, il y a un développement incroyable dans le secteur de la microbrasserie. Maintenant, on en compte 2 500 à 2 600 en France. Aujourd’hui, chaque français a une brasserie à 20-30 kilomètres de chez lui (…). Ce qui a vraiment contribué au développement du secteur brassicole, cest que les grandes et les petites brasseries cohabitent et cela augmente beaucoup l’intérêt pour le secteur brassicole. Cette passion pour le secteur brassicole a énormément augmenté ces 10 ou 15 dernières années en Europe et aux États-Unis et cela se produit aujourd’hui en Europe de l’Est et en Asie.

Les microbrasseurs dans plusieurs pays sont devenus des petites rock stars. Ils travaillent avec des chefs dans des grands restaurants et ils développent des brassins incroyables. Cela a un effet sur l’image de la bière. Cette diversité de produits a permis de toucher des gens qui ne consommaient pas forcément de la bière avant. En termes de marketing, plus le marché est riche et plus la perception de qualité augmente.

•• Vous voulez dire que ce phénomène de microbrasserie a été extrêmement favorable aux grands groupes en renforçant l’intérêt et l’excitation du public ?

A. R. : Les microbrasseries ont apporté beaucoup d’innovation. Et en même temps, les petits ont pu profiter de l’expertise des grands. Dans le groupe Carlsberg par exemple, on a eu le développement de la levure et ça, c’est une sorte de technologie, d’expertise. Nous, nous avons des scientifiques qui travaillent uniquement sur ce sujet, pour l’améliorer, et c’est une partie de notre histoire avec le groupe Carlsberg. Ce sont des technologies qui ont été partagées avec beaucoup de brasseurs dans le monde. À mon avis, les petits ont besoin des grands et les grands ont besoin des petits (…)

•• Et des saveurs qui correspondent aux nouvelles attentes …

A. R. : Absolument. On a des bières avec encore plus de goût, qui vont très bien avec les repas, elles sont plus fruitées. Les préférences des Français vont vers les boissons fruitées. Évidemment, la France est quand même le pays du vin. Ces nouvelles IPA avec des notes très fruitées et un peu amer, ça se voit chez tous les petits brasseurs, et c’est aussi le cas aussi chez nous. Pour nous, la grande marque qui incarne cela, c’est Brooklyn Brewery, qui produit des bières beaucoup plus houblonnées, mais aussi fruitées. Et ces bières font lobjet de collaborations avec des artistes aux USA (…)

•• On a noté ces dernières années une large évolution de la culture du vin liée à un meilleur accès à l’information. On peut tout savoir sur un château, sur un vin, sur un cépage. Quen est-il dans le monde de la bière ?

A. R. : On a un phénomène exactement équivalent. Les vingtenaires posent beaucoup de questions, surtout ce qui est lié à la RSE, et ils veulent comprendre ce quil y a dans la bouteille. La bière est de plus en plus présentée en France comme un produit gastronomique, et avec des accords entre les mets et la bière.

Quand vous alliez chez quelquun, pour diner, vous apportiez une bouteille de vin.  Aujourdhui, vous apportez aussi différentes bouteilles de bière. Je ne dis pas que ça se fait partout, mais c’est un phénomène qui nexistait pas il y a dix ans, et qui est un bon marqueur. On veut faire vivre à des amis des expériences de nouveaux goûts.

•• Les bières sans alcool constituent-elles une nouvelle tendance de consommation ?   

A. R. : C’est devenu en France un très grand phénomène. Ce marché a grandi énormément et très vite. La marque Tourtel Twist qui a été lancée en 2015 a eu un développement incroyable. Ça se voit aussi avec la 1664 0,0, Grimbergen 0,0, etc. C’est quelque chose qui a beaucoup changé. Nos maîtres brasseurs sont maintenant capables de brasser des bières sans alcool qui ressemblent fortement au goût d’une bière avec alcool. Cest une tendance surtout présente chez les jeunes. Ils cherchent des produits qui ne sont pas des softs, mais sans alcool. Cette génération qui fait plus attention à sa santé a une préférence pour ces bières. (Voir aussi 11 novembre 2023, 27 décembre 2022 et 10 septembre 2020).