
L’ensemble de la cour s’en amusait presque, à l’issue de l’audience. C’est que les magistrats n’ont pas l’habitude de voir une telle nonchalance, à la limite de l’impertinence, de la part d’un prévenu… C’est ainsi que débute un article d’Aurélien Delavaud, dans Le Journal d’Elbeuf, que nous reprenons.
Mais le jeune homme jugé ce 12 janvier devant le tribunal de Rouen, déjà familier de l’institution judiciaire avec de nombreuses condamnations à son actif, dont un vol avec arme commis il y a quelques années dans l’Aube, s’est évertué à leur prouver qu’il n’était pas du tout impressionné par la situation.
Cette nouvelle affaire commence le mardi 8 juillet dernier, lorsqu’un buraliste d’Elbeuf alerte la police municipale de la commune.
Selon son signalement, un individu vend du tabac depuis sa voiture, stationnée à proximité. Grâce aux caméras de vidéoprotection, les agents remarquent en effet, à distance, des transactions entre l’homme au volant et des acheteurs. En milieu de journée, ils décident d’intervenir. Sur place, ils assistent à une nouvelle transaction et décident donc de contrôler les deux personnes. Le suspect déclare alors qu’il « rend service à un ami en lui donnant deux pots de tabac ». Alors qu’il est placé en garde à vue, 39 pots de tabac sont retrouvés dans sa voiture et 60 euros sont saisis sur lui.
Interrogé, le jeune homme reconnaît les faits. Il indique aux policiers qu’il a fait un aller-retour la nuit précédente, au Luxembourg, où il a acheté « 49 pots pour environ 700 euros ». De retour à Elbeuf, il utilisait le réseau social Snapchat pour trouver des acheteurs et leur donner rendez-vous.
C’est pour ces faits de vente de tabac sans autorisation et d’importation en contrebande qu’il était entendu par le tribunal de Rouen. Pour des faits similaires, il avait déjà été condamné quelques mois plus tôt, à Évreux. Il se trouvait donc en situation de récidive.
Grand, la barbe épaisse et soignée, l’homme de 31 ans, père de deux enfants, admet à la barre qu’il est sans emploi et qu’il vit du RSA. Une nouvelle fois, il reconnaît les faits, mais le risque d’une quinzième condamnation ne semble pas trop le toucher.
Alors qu’il indique qu’il continue à se fournir en tabac au Luxembourg, pour son propre usage, la présidente du tribunal l’avertit.
Ce risque de récidive, c’est ce qui inquiète le procureur : « Vous n’avez pas l’air très motivé pour reprendre un travail, le risque de récidive est présent. » Véhément, le prévenu l’interrompt : « Ce n’est pas parce que je ne travaille pas que je vais récidiver, c’est n’importe quoi ! »
Lors de son réquisitoire, le procureur demande au tribunal une condamnation à 150 jours-amendes à 10 euros chacun et la confiscation des 60 euros saisis lors de son interpellation. Finalement, le tribunal ira un petit peu plus loin. Il le condamne bien à cette amende et à cette saisie, mais il ordonne également la confiscation du véhicule avec lequel le délit a été commis.
Toujours aussi bravache, le jeune homme rétorque que cette voiture a déjà fait l’objet d’une destruction… et tourne les talons pour quitter la salle avant même que la présidente soit allée au bout de sa phrase.
(NDLR : il n’y avait pas de garde dans la salle ?)




