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Fort du feu vert de la FDA pour commercialiser ses sachets de nicotine aux États-Unis (voir 21 janvier 2025), Philip Morris réclame une décision similaire en France où l’exécutif veut les interdire. Aide à l’arrêt de la cigarette ou piège pour les jeunes non-fumeurs, le sujet divise. C’est ainsi que débute un article des Échos du 22 janvier, signé Marie-Josée Cougard, que nous reprenons. 

C’est une étape majeure pour Philip Morris. Le numéro un mondial du tabac (Marlboro) a depuis quelques jours l’imprimatur de la puissante Food and Drug administration (FDA) pour commercialiser ses sachets de nicotine sous la marque Zyn sur le marché américain.

•• Ces alternatives au tabac sont, depuis qu’ont été établis les liens entre la cigarette et le cancer, un nouvel axe de développement avec d’autres produits comme la cigarette électronique ou le tabac à chauffer. Philip Morris a été le premier à annoncer « un monde sans fumée » en 2019. Ce mastodonte a investi des sommes colossales en recherche et développement dans les alternatives au tabac traditionnel. Sur le seul troisième trimestre de l’exercice en cours, il a réalisé 38 % de son chiffre d’affaires avec les alternatives à la cigarette.

Inspirés d’une très ancienne habitude des Suédois, le snus, une petite poche de tabac qu’ils placent entre la joue et la gencive, le « pouch » se consomme de la même façon mais ne contient que de la nicotine. Il a connu un réel engouement récent, avec un sérieux coup de main des réseaux sociaux, dans 26 pays, dont seize en Europe.

La FDA, qui précise avoir donné son feu vert à la marque Zyn de Philip Morris « à l’issue d’un examen scientifique approfondi », affirme que « les produits autorisés présentent un risque plus faible de cancer et d’autres problèmes graves de santé que la cigarette ainsi que le tabac à priser humide et le SNUS ». 

•• En France, le succès des sachets de nicotine auprès des jeunes a au contraire suscité l’émotion des parents et des instances sanitaires, compte tenu du caractère addictif et très polémique de la nicotine. L’Alliance contre le Tabac (ACT) réclame l’interdiction pure et simple de tous les produits qui en contiennent, car ils sont susceptibles d’amener les adolescents à la cigarette alors que le tabagisme quotidien a régressé de 10 % chez les 14-17 ans depuis 2017. « Un tiers de cette tranche d’âge connaît les sachets de nicotine », argumente ACT, et « parmi ceux-ci 10 % les ont expérimentés ».

Le marché potentiel dans le monde est énorme, sachant que la vente de « pouches » augmente au rythme effréné de 34 à 42 % par an selon les sources américaines, Ground Review Research et Data Bridge Market Research. Estimé entre 3 et 4 milliards de dollars aujourd’hui, il devrait dépasser les 30 milliards d’ici 2031. « Une croissance liée à la prise de conscience des enjeux de santé et de nocivité de la cigarette », assure Philip Morris France.

Pour le géant américain, qui s’appuie sur la très faible proportion de fumeurs en Suède (5,6 %) à la consommation de SNUS et de « pouches », l’intérêt protecteur des sachets de nicotine ne fait pas de doute. D’autres pays, comme le Royaume-Uni sont parvenus à réduire la prévalence tabagique en menant campagne pour les alternatives à la cigarette. Le nombre de fumeurs grâce à cela, insiste Philip Morris France, est tombé de 30 % à 12 %.

•• En France, insiste le géant américain, la proportion de fumeurs est six fois supérieure (31 %) à la Suède « en l’absence d’une communication encourageant de nouvelles habitudes » et cela, « malgré la politique très appuyée de hausses des prix menée depuis de nombreuses années ».

En interdisant les « pouches » comme il en a exprimé l’intention en fin d’année, « le Gouvernement ne profitera pas de l’opportunité de diminuer le nombre de fumeurs et de les protéger. Au lieu de cela il les enferme dans le tabagisme ». Alors que l’exécutif français a décidé d’interdire ces sachets (voir 30 octobre 2024), Philip Morris réclame à toute force un encadrement réglementaire. 

Le groupe, qui voit dans le feu vert de la FDA américaine, « un signal très fort quant à la sécurité et au bénéfice risque du Zyn », indique avoir fait procéder à de nouvelles analyses de ses sachets de nicotine par le réseau de laboratoires Eurofins.

« Contrairement aux allégations de l’Institut national de la consommation et du Comité national contre le tabagisme, nos sachets de nicotine ne contiennent aucune trace détectable d’arsenic », indique un porte-parole de Philippe Morris France (voir 21 janvier 2025).

Plus de la moitié des pays membres de l’UE ont autorisé la vente des sachets de nicotine et adopté un cadre réglementaire. Outre la Finlande, la Lettonie et le Danemark, la Suède, le Luxembourg et récemment l’Espagne, ce sont surtout des pays d’Europe centrale. La Bulgarie, la Hongrie, la Roumaine, la Slovaquie et la Slovénie. Cinq autres pays européens, non-membres de l’UE sont aussi dans ce cas. La Suisse, la Norvège, l’Islande, la Serbie et la Géorgie.