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7 Juil 2026 | Profession
 

Nous reprenons un appel de Julia Neumaier (directrice générale d’Imperial Brands Seita) concernant la proposition de loi visant à imposer le paquet neutre pour les produits du vapotage (voir 14 avril 2026 et 13 mai 2026).

Une proposition de loi veut imposer le paquet neutre aux produits du vapotage

La tentation, dans notre industrie, est de monter au front contre ce texte. Je veux proposer une autre voie : reconnaître ce qui ne va pas, dire ce que nous devons changer, et appeler chaque acteur de la filière à se réveiller, avant que le législateur ne le fasse à notre place, au risque de le faire mal.

Les chiffres parlent, et ils ne plaident pas pour nous

L’expérimentation du vapotage chez les lycéens est passée de 35,1 % en 2015 à 46,0 % en 2024, selon l’OFDT ; l’usage quotidien a plus que doublé sur la même période, de 2,8 % à 6,8 % (voir 30 avril 2026).
Ces données ne sont pas anecdotiques : elles traduisent un échec collectif de notre filière à tenir une promesse pourtant claire. Le vapotage est conçu pour accompagner les fumeurs adultes hors du tabac, non pour servir d’initiation à la nicotine chez des adolescents.
Je le dis sans détour : ces évolutions sont inacceptables. Aucun argument économique, aucun raisonnement sur le marché parallèle, aucune comparaison internationale ne saurait les relativiser. C’est d’abord notre responsabilité. Pas seulement celle des pouvoirs publics. Pas seulement celle des familles.

Le 28 avril 2026, les députés Nicolas Thierry (Les Écologistes) et Pierre Cazeneuve (Ensemble pour la République) ont déposé une proposition de loi transpartisane, la PPL n° 2726, visant à rendre neutres et uniformisés les emballages de l’ensemble des produits du vapotage, sur le modèle du paquet neutre imposé au tabac depuis 2017.

Inscrite dans le Programme national de lutte contre le tabac 2023-2027 et portée par les associations anti-tabac, cette proposition pourrait être inscrite à l’ordre du jour de l’Assemblée après les congés estivaux. L’objectif affiché est clair : mettre fin à l’utilisation du conditionnement comme vecteur promotionnel auprès des jeunes. Cet objectif, nous le partageons. Ce que nous contestons, c’est la méthode.

Le rapport de l’ANSES de février 2026, fondé sur l’analyse de 2 500 études scientifiques, établit qu’aucune catégorie d’effet liée au vapotage ne dépasse, en gravité ni en niveau de preuve, celles observées pour le tabac fumé.

L’agence évalue à 700 000 le nombre de personnes ayant arrêté de fumer grâce à la cigarette électronique et rappelle que 98 % des vapoteurs adultes sont fumeurs ou anciens fumeurs. L’ANSES elle-même s’inquiète que la majorité des Français perçoivent déjà, à tort, la vape comme aussi dangereuse que la cigarette : un signal d’équivalence gravé dans l’emballage ne ferait qu’ancrer cette confusion. Pour un fumeur hésitant, ce message peut suffire à décourager un basculement que la science valide pourtant. Ce n’est pas là une objection d’industrielle. C’est une question de cohérence de politique publique, que le législateur devrait entendre comme telle.

Mais cette objection n’a de crédibilité que si la filière assume sa part dans ce qui alimente le problème.

Nous savons ce qui attire les mineurs : les dénominations empruntées à l’univers de la confiserie, les codes visuels enfantins, les références au ludique, les produits qui frôlent le jouet. Prétendre encore que tout cela relève de quelques acteurs marginaux n’est plus tenable.

La filière doit s’imposer l’exigence que nul ne lui imposera à sa place avec autant d’intelligence qu’elle le peut.

Cela suppose deux mouvements menés en parallèle.
En interne : sortir des dénominations, des codes, des visuels qui n’ont rien à faire sur des produits réservés aux adultes. Pas dans cinq ans, après une nouvelle enquête de l’OFDT. Maintenant.
En externe : cesser de défendre l’indéfendable, reconnaître publiquement les dérives, et plaider pour un cadre exigeant, ciblé sur les vrais vecteurs d’attractivité auprès des mineurs.

Une charte commune peut être utile : elle fixe un cadre, elle engage collectivement, elle envoie un signal.

Mais elle ne saurait suffire, ni surtout servir de prétexte à l’inaction dans l’attente d’un consensus. Chaque acteur connaît ses propres pratiques et sait ce qu’il peut changer, dès maintenant, dans ses dénominations, ses codes visuels, ses gammes. Ce qui est en jeu dépasse nos intérêts particuliers : si nous n’apportons pas nous-mêmes la réponse, le législateur l’apportera à notre place. Ce jour-là, il ne distinguera plus ceux qui auront été exemplaires de ceux qui ne l’auront pas été. La sanction sera collective.

Aux parlementaires, je dis ceci : le paquet neutre n’est pas la bonne réponse, mais le statu quo ne l’est pas davantage.

La proposition de loi cible l’emballage. C’est se tromper de priorité. Le vrai levier, celui qui manque aujourd’hui, c’est l’accès. Renforçons réellement les mécanismes de contrôle à chaque point de vente : vérification systématique de l’âge à l’achat, sanctions effectives contre les infractions constatées, encadrement strict de la vente en ligne et des circuits de distribution non contrôlés. Ces leviers existent. Ils sont sous-utilisés.

Une réglementation exigeante sur ce qui attire vraiment les mineurs, conjuguée à des outils de contrôle dotés de moyens à la hauteur, constitue une réponse plus ciblée, plus efficace et plus respectueuse de la trajectoire de réduction des risques.

Cette voie, nous sommes prêts à la construire avec les acteurs du marché et les pouvoirs publics, à condition que le débat se tienne à la hauteur de la complexité du sujet.

À mes pairs, je dis autre chose.

Ouvrons les yeux, ensemble ou séparément, mais maintenant, tant qu’il est encore temps d’éclairer la décision publique plutôt que de la subir. Soyons responsables parce que c’est notre devoir. Et soyons en mesure d’exiger des autres qu’ils le soient aussi, parce que nous aurons été les premiers à en donner l’exemple. La qualité d’une politique publique se mesure à sa capacité à protéger les plus jeunes tout en garantissant les bons outils à ceux qui souhaitent s’éloigner du tabac. C’est cette ligne de crête que les décideurs publics doivent trouver.
C’est à nous, aussi, de la leur montrer.