Après le café et le cacao, l’envolée du prix des oranges à jus met les fabricants de boissons sous pression. Le japonais Suntory, connu pour ses marques Orangina, Oasis ou Schweppes en France (voir 8 avril 2023), est en première ligne. Sa filiale, dont le chiffre d’affaires s’élève à plus de 1 milliard d’euros, est le leader des « soft drinks », hors colas, dans l’Hexagone (31,6 % de part de marché).
Près des trois quarts des boissons produites dans ses quatre usines tricolores contiennent de l’orange parmi leurs ingrédients. Or l’approvisionnement de cet agrume phare est menacé, par le changement climatique (sécheresse, ouragans, etc.). Et par la maladie du dragon jaune, qui décime les plantations. En Floride, la production a chuté de 61 %. Le recul est de 20 % au Brésil, les deux principaux pays producteurs.
•• « Je suis préoccupé, car cette crise met à risque la disponibilité des produits quotidiens à base de ce fruit », alerte, dans Les Échos, Arnaud Jobard, le directeur commercial de Suntory Beverage & Food France. La situation va perdurer, car les arbres touchés meurent faute de traitements efficaces.
Pour Suntory, cette tension mondiale sur l’orange se traduit par une envolée des coûts. « En deux ans, son prix a été multiplié par trois. L’an dernier, il s’est envolé de 84 % », constate Arnaud Jobard. Une hausse qui s’est ajoutée, depuis la guerre en Ukraine, à celle de l’emballage (plastique, aluminium), du transport et des autres fruits comme la pomme. « Seul le prix du sucre commence à légèrement baisser, mais il reste supérieur à ce qu’il était avant 2022 », précise le responsable.
•• Conséquence : le niveau de rentabilité de l’entreprise va encore reculer. « Ce n’est plus tenable. En deux ans, la hausse de ces surcoûts a représenté l’équivalent d’un an de profit » plaide Arnaud Jobard. « Nous avions rogné en partie sur nos marges, aujourd’hui, il faut partager l’effort. »
Pour le propriétaire d’Orangina et Oasis, une hausse des prix de vente est inévitable. L’augmentation passée l’an dernier n’ayant pas couvert les charges. (…) Reste qu’augmenter les prix pourrait aussi décourager les clients, alors que leur budget reste serré.
À fin août, sur un an, le marché des soft drinks était en recul de 3,8 % en volume. « Un effet du mauvais temps », juge l’entreprise. « Notre demande va rester mesurée », rassure Arnaud Jobard. Dans ce contexte de tensions, Suntory réfléchit à de nouvelles recettes, avec des mélanges de fruits notamment.
Mais cela prend du temps. La quête d’autres sources d’approvisionnement s’avère, elle aussi, complexe. En Europe, l’Espagne ne produit que des oranges à bouche. Dans cette perspective, le groupe japonais s’est allié au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement. De nouvelles souches d’orangers vont être testées, grâce à des plantations dès avril 2025 en Guadeloupe, puis au Brésil, avant l’Espagne.




