À l’occasion du lancement de la 10e édition du Mois sans tabac, le Comité national contre le tabagisme (CNCT), partenaire du dispositif depuis sa création, salue une initiative emblématique de la politique française de santé publique. Alors que la prévalence du tabagisme atteint son niveau le plus bas jamais observé, le CNCT souligne l’efficacité de ces campagnes collectives et appelle à maintenir des politiques fortes pour parvenir à une génération sans tabac.
C’est ainsi que débute un communiqué du CNCT que nous reprenons.
Depuis 2016, Mois sans tabac repose sur un constat simple et démontré scientifiquement : s’arrêter de fumer pendant trente jours multiplie par cinq les chances d’un arrêt durable
En combinant accompagnement individuel et mobilisation collective, la campagne crée les conditions favorables à un changement de comportement à grande échelle. Les participants bénéficient d’un ensemble d’outils concrets – kits d’aide à l’arrêt, application Tabac Info Service, conseils de professionnels de santé, soutien des associations et communautés locales – ainsi que d’un environnement social propice à la réussite.
Au-delà de l’enjeu individuel, cette opération contribue à la dénormalisation du tabac dans la société française et à la diffusion d’un message positif : arrêter de fumer est possible et bénéfique, à tout âge, avec une bonne prise en charge.
Une dynamique encourageante : le tabagisme en baisse historique en France
Cette dixième édition du Mois sans tabac s’inscrit dans un contexte particulièrement favorable, marqué par une baisse historique du tabagisme en France. Selon le dernier Baromètre de Santé publique France, la proportion d’adultes fumeurs quotidiens a reculé à 17,4 % en 2024, contre 25 % en 2021 et 28,6 % en 2015. Cette baisse représente quatre millions de fumeurs quotidiens en moins en à peine une décennie. La baisse concerne l’ensemble des catégories sociales, bien qu’elle soit plus marquée chez les femmes et les jeunes adultes (voir le 16 octobre).
Les évolutions observées chez les adolescents confirment cette tendance. D’après l’enquête ESPAD 2024 de l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT), seuls 3,1 % des jeunes de 16 ans déclarent fumer quotidiennement, contre environ 16 % en 2015. La proportion de jeunes ayant déjà expérimenté le tabac est également en forte diminution : 20 % des adolescents de 16 ans ont déjà fumé une cigarette, contre 32 % en moyenne dans les pays européens.
« Le Mois sans tabac incarne ce que la politique de santé publique peut produire de plus efficace : une mobilisation collective, fondée sur la science et indépendante des intérêts industriels. La France doit aujourd’hui poursuivre sur cette voie et défendre, au niveau international, le modèle qui lui a permis d’obtenir des résultats sans précédent », déclare le Professeur Yves Martinet, président du Comité national contre le tabagisme.
Maintenir le cap et renforcer les politiques publiques
Si la France enregistre aujourd’hui des résultats historiques, ces avancées demeurent fragiles et nécessitent d’être consolidées. En outre, la prévalence chez les adultes demeure à un niveau encore élevé et particulièrement problématique pour la santé publique. Pour poursuivre la trajectoire vers une génération sans tabac, il est indispensable de maintenir des politiques publiques fortes, cohérentes et indépendantes de toute influence industrielle.
La réduction du tabagisme observée au cours des dix dernières années résulte de la mise en œuvre de mesures structurelles telles que l’augmentation de la fiscalité, la mise en place du paquet neutre, la dissémination des espaces sans tabac, l’interdiction de la publicité et de la promotion sur les lieux de vente, la suppression des arômes, la prise en charge des traitements de l’arrêt du tabac et les campagnes nationales de prévention comme Mois sans tabac. Ces leviers ont fait la preuve de leur efficacité et doivent être poursuivis et renforcés.
Par ailleurs, plusieurs menaces pèsent sur ces progrès. L’ingérence persistante de l’industrie du tabac et de ses alliés, notamment la Confédération nationale des buralistes, continue de freiner la mise en œuvre de nouvelles avancées et d’entretenir la confusion dans le débat public. Parallèlement, les nouveaux produits du tabac et de la nicotine – cigarettes électroniques fortement dosées, produits du tabac chauffé, sachets de nicotine – se multiplient et ciblent particulièrement les jeunes, remettant en cause les efforts de dénormalisation de la nicotine.
Dans ce contexte, il apparaît essentiel que la France poursuive une stratégie globale, indépendante et ambitieuse, fondée sur la santé publique et non sur les intérêts économiques de l’industrie du tabac. Seule la continuité de ces politiques permettra de consolider les résultats obtenus et d’atteindre, à moyen terme, l’objectif d’une génération libérée du tabac et de la dépendance nicotinique.
Un rendez-vous international décisif : la COP 11 à Genève
Cette dixième édition du Mois sans tabac se déroule dans un contexte international majeur pour la lutte antitabac. Du 17 au 22 novembre 2025, la 11e session de la Conférence des Parties (COP 11) à la Convention-cadre de l’Organisation mondiale de la Santé pour la lutte antitabac (CCLAT) se tiendra à Genève (voir les 15 et 21 octobre).
Elle réunira les représentants des 183 Parties afin de définir les futures orientations mondiales en matière de lutte contre le tabac. Les discussions porteront notamment sur la réglementation des nouveaux produits du tabac et de la nicotine, le renforcement de la responsabilité des fabricants, la mise en œuvre de politiques environnementales ambitieuses et la prévention de l’ingérence de l’industrie dans les politiques publiques.
Dans ce cadre, il est essentiel de rappeler que les fabricants mènent aujourd’hui des stratégies particulièrement offensives de reconquête des consommateurs, ce qui renforce la nécessité de poursuivre les efforts fructueux déjà engagés pour réduire durablement le tabagisme.
En juin 2023, un rapport de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a confirmé le caractère particulièrement coût-efficace des politiques françaises de lutte contre le tabagisme, notamment du programme Mois sans tabac. Chaque euro investi dans une mesure antitabac en France permet d’en économiser au moins quatre, et jusqu’à sept euros pour le dispositif Mois sans tabac. Une étude antérieure avait également montré que cette initiative avait généré 1,8 million de tentatives d’arrêt entre 2016 et 2019, soit plus du double du nombre d’inscrits.
Ces résultats démontrent que les mesures souvent critiquées par l’industrie du tabac sont à la fois efficaces pour réduire la consommation et bénéfiques pour les finances publiques, justifiant la poursuite d’une politique ambitieuse de réduction du tabagisme.




