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28 Sep 2012 | Institutions, Profession
 

L’émission Grand Paris sur BFM Business a consacré, ce jeudi 27 septembre avec rediffusion ce vendredi 28 septembre, un débat d’une vingtaine de minutes sur les enjeux de la hausse des prix du tabac du 1er octobre. Invités : Agnès Delrieu, tabacologue chargée de mission à l’Office français de prévention du tabagisme (OFT) et Pascal Montredon, président de la Confédération des buralistes.

• Mesure de santé publique ou mesure fiscale ?
Sans surprise, Agnès Delrieu reprend l’argument d’une hausse de prix insuffisante pour obtenir une véritable baisse du tabagisme. Elle avance le seuil psychologique du prix du paquet à 10 euros (tout en avouant qu’elle ne connaît pas exactement le prix du paquet actuellement).
Pour Pascal Montredon, c’est un discours que l’on entend depuis des années et qui ne fonctionne pas sur le plan de la santé publique. La principale conséquence va être de déstabiliser le réseau officiel du tabac. Parce que la France est entourée de pays où le tabac est moins cher et que les différentiels vont désormais aller de 30 à 50% avec les voisins frontaliers. Parce que les réseaux mafieux vont s’en donner à cœur joie comme à Paris, on le voit à Barbès ou aux feux de circulation. « Si l’on veut s’attaquer au problème du tabac, il faut mettre en place de l’information, de la pédagogie et de l’éducation auprès des jeunes ».
Sur ce sujet, Pascal Montredon attend toujours de rencontrer la ministre de la Santé, Marisol Touraine, « à moins qu’elle ne soit buralophobe ».

• Le marché parallèle
Agnès Delrieu revient sur un article du Monde reprenant une étude de BAT sur la dangerosité des cigarettes de contrebande. Elle y voit surtout de la désinformation : de contrebande ou pas, la cigarette est nocive. Elle reconnaît que l’augmentation des prix n’est pas l’idéal, mais peut constituer un déclic.
Pascal Montredon rappelle qu’en France 21% de l’achat de tabac échappe actuellement à tout contrôle. Concernant les nouvelles mesures à l’étude dans le cadre de la nouvelle directive européenne, il estime que « l’on prend les gens pour des imbéciles. Tout le monde sait que fumer n’est pas bon … mais ce n’est pas parce que le consommateur ne verra plus le tabac exposé derrière le comptoir du buraliste qu’il va s’arrêter ».

• La prévention auprès des jeunes
Agnès Delrieu précise que l’instauration des paquets génériques est surtout destinée à éviter que les plus jeunes touchent au tabac.
« En France, on est à côté de la plaque », répète Pascal Montredon, « toutes les mesures déjà prises (prix, photos-choc, interdiction de vente aux mineurs, interdiction de fumer dans les lieux publics) n’ont pas fait baisser le tabagisme ». En revanche, les vagues d’augmentation des prix ont fait passer le marché parallèle en France de 3% en 2003 à 21% en 2011, soit un paquet sur cinq. Il regrette que les associations anti-tabac n’évoquent jamais l’importance de la lutte contre le marché parallèle, notamment vis-à-vis des jeunes : « on sait qu’un jeune qui ne rentre pas chez nous, a tellement de facilité à trouver du tabac moins cher, devant la porte de son collège ou de son lycée. Et que ce sont les mêmes trafiquants qui vendent d’autres produits …».