Le tabagisme demeure un enjeu majeur de santé publique en France. Nous comptons 27 % de fumeurs, contre une moyenne de 24 % en Europe. On estime qu’environ 75 000 décès sont dus chaque année à des complications qui lui sont liées, ce qui en fait la première cause de mortalité évitable. Est-ce évitable, et comment ?
C’est ainsi que débute un article de la dernière édition de la revue libérale Contrepoints (voir 13 octobre 2022).
La situation ne progresse que très lentement. L’objectif est de parvenir à zéro tabac ou presque (taux inférieur ou égal à 5 %) d’ici à 2032. Mais selon les projections actuelles, il ne pourra être atteint que dans… 141 ans. Toutefois, des pays leaders de la lutte antitabac nous indiquent des moyens d’aller plus vite. Les chiffres le montrent : avec des stratégies fondées sur des données probantes et une réglementation intelligente, le changement est possible.
Trois scénarios
- Scénario 1 : l’immobilisme — Si rien de plus n’est fait, la France n’atteindra le statut de pays sans tabac qu’en 2166, soit 134 ans après l’objectif théorique.
- Scénario 2 : suivre les pays leaders — En prenant exemple sur la Nouvelle-Zélande, le Royaume-Uni ou le Japon, l’objectif pourrait être atteint en 2076.
- Scénario 3 : appliquer le modèle suédois — Avec la politique mise en œuvre en Suède, la France décrocherait le pompon douze ans plus tôt, en 2064.
Pourquoi la Suède est en passe de vaincre le tabagisme ?
Avec un taux de tabagisme de seulement 5,3 %, qui tombe à 4,5 % chez les Suédois de naissance, ce pays va probablement devenir le premier au monde sans tabac. En 2004, il comptait encore 16,5 % de fumeurs. Les étrangers venus de l’Union européenne qui s’installent suivent le mouvement : de 24 %, ils ne sont plus que 7,8 % à fumer.
Les effets sur la santé publique sont spectaculaires : par rapport à la moyenne de l’Union européenne, la Suède enregistre 21,2 % de décès liés au tabagisme en moins, 31,3 % de décès pour cause de cancer en moins et 36 % de décès par cancer du poumon en moins. En outre, les décès dus aux maladies cardiovasculaires ont baissé de 12% depuis 2008 et ceux qui sont dus à des cancers provoqués par le tabac, de 25,3 %.
Le secret de ce succès ? Une stratégie qui consiste à faire accepter des produits de substitution, facilement accessibles et peu coûteux. Des produits innovants à base de nicotine (ou produits nicotiniques à risques réduits), souvent très efficaces : vapes, cigarettes électroniques, produits oraux comme le snus (une tradition suédoise), patchs de nicotine…
Accélérer la trajectoire de la France vers un avenir sans tabac
En comparant la Suède et la France, il est facile les lacunes de nos politiques. Contrairement à la Suède, la France impose aux PNRR un cadre réglementaire très restrictif, censée protéger les jeunes contre l’exposition à la nicotine, mais qui n’aide guère les fumeurs de longue date à se sevrer. En l’état actuel de ces réglementations, La vente de cigarettes électroniques traditionnelles est autorisée, mais les vapes jetables sont, elles, interdites depuis février 2025.
( Les sachets de nicotine viennent d’être interdits / ndlr ).
Des politiques efficaces existent, elles ont fait leurs preuves ailleurs, elles se basent sur la liberté et l’innovation et elles sauvent des vies, qu’attendons-nous ?




