
À mesure que le prix du tabac grimpe, les braquages de camions de livraison se multiplient. Méthodes de professionnels, butins colossaux, arsenal militaire : des commandos chevronnés s’emparent de « l’or blond » dans une France confrontée à une nouvelle délinquance organisée.
C’est ainsi que débute un article de William Molinié dans le Journal du Dimanche de ce 20 juillet que nous reprenons.
Va-t-il falloir sécuriser les transporteurs de cigarettes ? Depuis plusieurs mois maintenant, les logisticiens du tabac font face à une vague de braquages ultraviolents d’individus armés et cagoulés aux méthodes d’intervention dignes des plus grands hold-up de banques.
L’enquête que viennent de résoudre les policiers de la Division de la Criminalité organisée et spécialisée du Rhône en est un parfait exemple (voir 11 juillet).
La scène se déroule le 9 avril dernier au petit matin. Il est 6 heures, quand un semi-remorque transportant une cargaison de cigarettes destinées à plusieurs débits de tabac de l’agglomération dijonnaise est stoppé net au niveau du bar-tabac La Baraque, à Chenôve (Côte-d’Or).
À l’avant, un utilitaire Mercedes bloque le passage. À l’arrière, une voiture de plus petit gabarit empêche la marche arrière. Plusieurs individus en sortent et se font remettre, sous la menace de bombes lacrymogènes, 54 cartons de cigarettes, soit une valeur marchande de 135 000 euros, avant de prendre la fuite.
Sang-froid, aucun blessé, pas d’arme de poing exhibée. La marque d’une équipe qui n’en est pas à son coup d’essai.
L’enquête a permis de mettre au jour un commando chevronné de braqueurs spécialisés dans l’attaque de fourgons de livraison de cigarettes.
Ces derniers avaient fait des repérages quelques jours auparavant, notamment pour identifier des itinéraires de fuite.
Les deux véhicules volés qui ont servi au casse ont été retrouvés abandonnés et aspergés de poudre d’extincteur, pour éliminer toute trace digitale ou génétique.
Le 1er juillet dernier, une demi-douzaine de suspects sont interpellés avec l’aide de BRI locales. L’un d’entre eux, localisé à Choisy-le-Roi (Val-de-Marne), a été intercepté alors qu’il tentait de se débarrasser d’un véritable arsenal de guerre : un fusil d’assaut de type Kalachnikov, un pistolet-mitrailleur Skorpion, un pistolet semi-automatique et un stock de munitions.
Les autres perquisitions ont révélé une jolie panoplie habituellement entre les mains du grand banditisme : brouilleurs d’ondes, faux documents administratifs, 48 paires de chaussures de luxe, et un peu plus de 10 000 euros en billets de banque.
Cinq d’entre eux sont aujourd’hui écroués, certains étant suspectés du même type de faits à Lognes ou encore Chassignieu.

Cette affaire n’est pas inédite. En février dernier, un commando avait braqué un fourgon transportant des cigarettes entre Voisenon et Melun (Seine-et-Marne / voir 8 février).
Ils avaient même pris place dans le camion pour le transporter plus loin, à l’abri des regards, avant de réaliser le transfert de la cargaison dans leur véhicule. Il y en avait pour plus de 700 000 euros !
Le même mois, c’est dans le centre-ville de Montpellier que deux hommes cagoulés ont braqué des employés d’une société de transport qui approvisionnaient en cigarettes les tabacs de la ville.
Plus récemment, le 3 juillet, dans le sud du département de la Sarthe, au niveau du petit village de Requeil, 1 200 âmes, un livreur de cigarettes a été séquestré et ligoté, avant que les malfaiteurs ne repartent avec la cargaison (voir photo).
Une ruée vers « l’or blond » qui n’étonne pas cet enquêteur spécialisé : « À 11 euros le paquet de cigarettes vendu dans le commerce légal, le marché noir explose. Même avec une revente sous le manteau à 7 ou 8 euros le paquet, ça reste très rentable. »
Et moins risqué que l’attaque de fourgons des sociétés de transport de fonds qui ont mis en place des contre-mesures efficaces – leurres, traçabilité des billets volés, agents armés –, faisant chuter drastiquement les tentatives de braquage.
« Il y a clairement avec le tabac un équilibre favorable bénéfice-risque, comparé à d’autres types de délinquance d’appropriation », poursuit cette source.
De son côté, le groupe leader en France de la livraison de tabac, Logista, n’a pas répondu aux sollicitations du JDD.




