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15 Juin 2021 | Profession
 

Le monde des paris sportifs poursuit sa croissance, boosté par l’Euro de football durant lequel entre 400 et 600 millions d’euros devraient être misés en France, faisant craindre une hausse du nombre de joueurs pathologiques. Ainsi débute une dépêche AFP rédigée par Katell Prigent que nous reproduisons.

« On estime entre 400 et 600 millions d’euros les mises françaises qu’il pourrait y avoir sur l’Euro » qui se déroule du 11 juin au 11 juillet dans 11 pays, explique Isabelle Falque-Pierrotin, présidente de l’autorité nationale des jeux (ANJ / voir 4 novembre 2020).

Christian Kalb, fondateur de CK consulting, estime même que les mises « pourraient représenter environ un milliard d’euros ».

•• « Cela va dépendre du parcours de l’équipe de France » tempère Julien Huber, responsable des paris chez Winamax, un des leaders de site de paris sportifs en ligne. Pour l’instant, « ce n’est pas encore l’emballement » note-t-il. « Les gens n’ont pas la tête à la compétition, ils sont en terrasse, on attend le premier match de l’équipe de France » ce mardi soir, explique-t-il.

Selon un sondage Harris Interractive pour l’ANJ, 48 % des Français déclarent qu’ils vont suivre l’Euro et un tiers de ces 48 % se disent susceptibles de parier.

« L’Euro, comme le Mondial, est une période clé pour recruter des joueurs » confirme à l’AFP Ludovic Adel, président de Tipstop, plateforme de statistiques destinées aux parieurs. « Et plus l’équipe de France avance, plus vous recrutez de joueurs récréatifs » confirme-t-il (voir 6 avril 2021).

La finale de la coupe du monde 2018, France-Croatie, détient le record de mises engagées par les parieurs français sur un seul match: 67 millions d’euros (28,7 millions en bureaux de tabac et 38,5 millions en ligne) selon Tipstop.

•• Depuis, outre une facilitation des jeux via smartphone, quatre nouveaux opérateurs sont apparus, portant leur nombre à 15. La Française des jeux garde le monopole des 27 000 points de ventes physiques de paris sportifs.

Même le PMU, dont le pari sportif n’est pas le cœur de cible (moins de 5 % des enjeux) mais qui a cependant choisi Antoine Griezmann récemment comme ambassadeur, va mettre en place des opérations promotionnelles autour des Bleus pour « attirer de nouveaux clients » (voir 2 mai 2021).

•• En France, la dépense nette annuelle par habitant en paris sportifs s’élève à environ 25 euros, selon Christian Kalb (200 euros à Hong-Kong, 55 euros au Danemark, 50 euros en Grèce ou encore 35 euros au Royaume-Uni).

Pour l’Euro, les opérateurs qui ont déjà « fait le plein de joueurs experts » vont chercher à attirer les supporters, qui jouent davantage avec le cœur voire, pour certains, « qui veulent faire sauter la banque », selon lui, une catégorie apparue pendant la pandémie, « avec une augmentation de la mise moyenne de plus de 25 % » et un risque de dépendance (voir 6 avril 2021).

Le marché se partage entre les « experts », les « supporters » et « les joueurs qui oscillent entre les deux et essaient de jouer rationnellement sans avoir toutes les données opérationnelles », décrypte-t-il.

•• Cet engouement pour les paris sportifs « soucie profondément » l’ANJ. « Quand vous avez un marché qui croît à plus 70 % au niveau des mises au premier trimestre 2021, naturellement cela va augmenter les joueurs pathologiques », qui aujourd’hui représentent déjà 1,4 million de personnes, selon Isabelle Falque-Pierrotin.

« L’Euro est un précipité des pratiques des uns et des autres, il y a une surenchère absolue sur la conquête du nouveau client », selon elle. « On va être sur le dos » des opérateurs, prévient-elle. Une campagne de sensibilisation via un youtubeur à succès s’adressera quant à elle au grand public.

L’ANJ sera également très vigilante sur les pronostiqueurs qui envahissent les réseaux sociaux et qu’elle soupçonne d’être « à la limite de l’escroquerie ». Une cinquantaine d’entre eux sont déjà dans son collimateur.