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4 Fév 2026 | Profession
 

Sur RMC, ce 3 février, Cécile Duflot (ancienne responsable écologique et ministre de l’Aménagement du Territoire…) revient aussi sur l’étude établissant un rapport entre la fermeture des bars-tabacs et la progression du vote pour le Rassemblement national (voir le 2 février). Voici son propos.

« Une étude nous apprend que la France a perdu 18 000 bars-tabacs en 20 ans. Un drame qui n’est pas seulement économique mais aussi humain. Car un territoire ne va pas seulement bien si son économie va bien. Ce qui joue, c’est la qualité de vie quotidienne, les interactions entre les humains et donc l’existence de lieux où ils se rencontrent, où ils échangent.

Et cette étude du Cepremap, d’un chercheur qui travaille à l’université de Zurich, montre les conséquences de la fermeture des bars-tabacs.

Entre 2002 et 2022, donc en 20 ans en France, 18 000 bars-tabacs ont fermé. Et ce n’est pas du tout neutre parce que leur disparition affaiblit le tissu social local. Pour rappel, en 1960, en France, il y en avait 200 000, on en a aujourd’hui 38 300.

L’étude montre une corrélation totale entre ces fermetures et la progression du vote d’extrême droite.

Particulièrement en milieu rural, qui est clairement alimenté par un sentiment de déclassement, de repli, et les vitrines fermées, ça marque les esprits. Ça a été aussi montré dans une étude du CAE qui est sortie il y a 5 ans qui montrait que quand une supérette ferme, ce n’est pas seulement un commerce qui ferme, c’est aussi des infrastructures sociales et du lien social qui disparaissent.

C’est très marquant dans les campagnes parce que le mal-être découle de plusieurs facteurs.

L’emploi, la fiscalité, les équipements publics et privés qui disparaissent, mais aussi le prix de l’immobilier ou l’existence ou pas de lien associatif. Et la disparition des services et des commerces de proximité, comme les épiceries, mais aussi comme les espaces culturels ou les équipements de santé, sont un des déterminants les plus forts du malaise. On a le sentiment d’être relégués. »

Alors effectivement, il y a plein de services qui sont délivrés par le numérique.

Il n’y a plus besoin d’aller à sa banque, il n’y a plus besoin d’aller à Pôle emploi. Mais c’est un service rendu par téléphone sans un contact humain. Ça n’a pas du tout le même impact sur cette santé mentale collective. Un bon exemple, les points relais-colis. Mondial Relay a annoncé qu’ils allaient fermer 3 500 relais et les remplacer par des lockers, des boîtes automatiques. Mais vous n’avez pas du tout la même interaction avec un humain qu’avec une boîte automatique. Et ça, à la fin des fins, ça finit par peser sur le moral collectif et par accroître un mal-être territorial réel.

Il faut essayer de comprendre pourquoi ces commerces ferment.

Il y a plein de sujets, mais il y en a un dont on ne parle pas, et notamment en zone rurale, c’est l’envol du prix des baux commerciaux, y compris dans les toutes petites villes. Plus 40 % depuis 2008, c’est énorme. Il y a aussi la question de la sécurité.

Alors il y a l’argument de dire que tout ça, ça coûte cher ?

Mais pas forcément, parce qu’on dépense beaucoup d’argent en France. Par exemple, il y a aujourd’hui plus de ronds-points en France que de cafés. On en a construit 500 à 1 000 par an et construire un mini rond-point, ça coûte plus cher que d’investir pour remettre totalement à neuf un café, y compris avec son équipement. Donc pourquoi ne pas traiter les infrastructures sociales avec autant d’attention que les infrastructures classiques, routières ?

Car les bars-tabacs ne sont pas que pour les gens qui fument et qui boivent de l’alcool.
On peut faire plein d’autres choses dans les cafés.
On peut faire du télétravail, on peut avoir des rencontres associatives.
Il y a plein de modèles qui fonctionnent.