Nous publions une tribune d’opinion de Cyrille Geiger (commerçant, formateur de buralistes), publiée sur LinkedIn, suite à la parution de l’étude associant, dans le temps, la fermeture de bars-tabacs avec la montée des résultats électoraux du Rassemblement national (voir 2 février).
« Sans jugement sur les orientations politiques, cette analyse pose une question essentielle à l’approche des élections municipales, et plus loin des échéances présidentielles : que devient la vie civique quand les lieux de proximité disparaissent ?
Les buralistes occupent une place singulière dans cet écosystème. Ils sont à la fois commerçants indépendants et préposés de l’administration, en lien direct avec l’État.
À ce titre, ils assument bien plus qu’une activité économique : ils expliquent, orientent, rassurent, rendent service.
Ils incarnent, au quotidien, une présence institutionnelle humaine, accessible, non abstraite.
Dans de nombreuses communes, le bar-tabac, comme d’autres commerces de rue ou points de service, est devenu un lieu d’échange informel, souvent le dernier.
Un endroit où l’on parle de tout, y compris de ce qui ne trouve plus de guichet dédié. Là où ces relais disparaissent, ce n’est pas seulement l’offre commerciale qui recule, c’est la lisibilité du territoire qui s’efface.
En parallèle, l’activité se concentre dans des hubs commerciaux périphériques ou bascule vers le tout-numérique. Des modèles efficaces et rationnels mais qui produisent peu de relation. On y consomme, on n’y dialogue pas. Or, à l’échelle locale, la démocratie se nourrit aussi de ces échanges ordinaires, non médiatisés, non scénarisés.
À l’approche des municipales, puis des présidentielles, la question mérite d’être posée sereinement :
Comment prétendre recréer de la confiance sans lieux pour l’exercer ?
Comment parler de proximité sans acteurs pour l’incarner ?
Défendre le réseau des buralistes et des commerces de proximité n’est ni nostalgique ni corporatiste.
C’est reconnaître qu’ils constituent une infrastructure civique discrète, un amortisseur social, un capteur précoce des fragilités territoriales.




