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19 Nov 2016 | Profession
 

Alain JuppéLe contexte des Primaires de la droite et du centre amène certains candidats à s’adresser directement aux buralistes. Comme Nicolas Sarkozy (voir Lmdt du 18 novembre), Alain Juppé (voir Lmdt des 10 novembre et 13 septembre) a adressé un message aux buralistes. Nous le reproduisons ci-dessous :

« Votre profession s’est réunie début novembre à Paris à l’occasion du salon Losangexpo. Entretenant depuis plus de deux ans, un dialogue permanent, sincère et direct avec les buralistes et leur confédération, j’ai tenu à y être représenté par Jean-Pierre Grand, sénateur de l’Hérault (voir Lmdt du 6 novembre).

Alors que s’achève la campagne pour la primaire de la droite et du centre, je souhaite partager avec vous mes réflexions et propositions.

Je connais bien les sujets qui occupent l’actualité de votre profession (paquet neutre, concurrence déloyale du marché parallèle, hémorragie du réseau des buralistes, etc.) et qui font peser des incertitudes sur l’avenir de votre profession. Je partage votre inquiétude.

Vos commerces sont accablés de charges, de normes et de contraintes, qui les empêchent de se développer et les mettent parfois en péril. Il faut soutenir les buralistes qui contribuent au dynamisme de notre économie et à la vitalité de nos territoires, notamment ruraux.

Vous exercez vos métiers avec passion mais dans un contexte économique difficile : le réseau des buralistes connaît en effet une très inquiétante érosion avec plus de 1 000 fermetures de bureaux de tabac chaque année. Je ne sous-estime pas non plus les problèmes de sécurité auxquels vous êtes quotidiennement confrontés. Plus que jamais votre profession a besoin d’être appuyée et accompagnée par l’État, ce qui n’est malheureusement pas le cas aujourd’hui.

Au-delà des mots, vous attendez désormais des mesures et des actes concrets.

Mon projet économique exprime la volonté profonde de libérer toutes les énergies pour soutenir le travail, l’économie, la création d’entreprise, et d’encourager toutes les initiatives qui permettent la création de richesse : en finir avec les 35 heures ; créer de l’emploi en simplifiant considérablement les conditions de l’embauche et du licenciement ; permettre aux personnes les moins qualifiées de revenir vers l’emploi en fusionnant l’ensemble des dispositifs existants d’allègement des charges pour créer un véritable « zéro charges patronales au SMIC » dégressif jusqu’à 1,8 SMIC ; orienter notre fiscalité pour qu’elle soutienne l’investissement, indispensable pour nous moderniser, monter en gamme, nous adapter à la concurrence et innover.

Toutes ces mesures économiques générales bénéficieront aussi à votre activité et à vos commerces.

Je veux aussi améliorer les relations entre l’administration et les entreprises : je suis inquiet de la dégradation de ces relations, qui doivent être fondées sur le principe de la confiance et non plus sur la défiance a priori des administrations vis-à-vis des entreprises. J’ai fait de nombreuses propositions pour contraindre les administrations à changer leur attitude.

Entre les buralistes et l’État, le dialogue est aujourd’hui difficile et la confiance absente. Je m’engage à les rétablir afin que nous puissions relever ensemble les défis auxquels votre profession est confrontée. Je pense que le Contrat d’avenir est un bon vecteur. Il doit avant tout être un contrat de confiance entre l’État et les buralistes. Et si je me réjouis qu’un accord ait pu être trouvé avec le gouvernement pour la période 2017-2021, je constate que de très nombreux points méritent encore d’être améliorés.

Je pense notamment au soutien sans faille que l’État doit manifester à l’égard des buralistes et à l’accompagnement vers la diversification qu’il doit engager résolument. Les buralistes sont les partenaires de l’État dans un certain nombre de missions de service public. Dès lors que l’État se désengage de certaines de ses missions, il doit renforcer le partenariat qu’il entretient avec les buralistes. Il est impensable que vous vous soyez retrouvés évincés du projet « 1 000 Maisons de Service Public ». Je vous propose donc une remise à plat des projets de maisons de service public qui n’ont pas encore été réalisés, afin que vous puissiez être intégrés au dispositif.

Je regrette les augmentations de taxes sur le tabac décidées par le gouvernement sans concertation préalable avec les buralistes, dans le projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2017. Si je suis élu, je m’engage à ce qu’aucune augmentation du prix du tabac ne soit décidée au détour d’une loi de finances, sans qu’une concertation et un plan n’aient été travaillés et arrêtés en amont avec les professionnels.

Les buralistes doivent aussi cesser d’être les boucs émissaires des plans de lutte contre le tabagisme. Bien entendu, il nous faut mener une ambitieuse politique de santé publique et de prévention, notamment auprès des plus jeunes. Mais elle ne peut consister à culpabiliser et à montrer du doigt votre profession.

Je souhaite que vous soyez davantage associés aux politiques de santé publique et que vous deveniez des partenaires sur ces sujets.

Je souhaite ensuite redonner de l’air et des marges de manœuvre à vos commerces en réduisant le poids des prélèvements. J’allégerai de 11 milliards d’euros le montant de l’impôt sur les sociétés en ramenant le taux normal à 30 % et en créant un taux de 24 % pour les TPE et les PME, l’objectif à terme étant de converger vers la moyenne européenne.

Je sais très bien, pour l’avoir entendu de nombreuses fois de votre part, que ces initiatives ne seront efficaces que s’il est mis fin à l’inflation des normes de toute nature qui vous paralysent. J’engagerai avec les métiers et les secteurs concernés une action résolue de suppression des formalités et des procédures inutiles, j’imposerai d’étudier avant qu’elles soient prises l’impact des mesures nouvelles auprès de ceux qui font l’économie au quotidien et j’interdirai que la réglementation nationale ajoute des contraintes à la réglementation européenne.

Sur ce dernier point, vous savez mieux que quiconque que sur la sur-transposition de la réglementation sur le paquet neutre risque de créer une concurrence déloyale entre nos buralistes et ceux installés chez nos voisins, et de fragiliser encore vos commerces. Il faut créer en Europe les conditions d’une concurrence saine et loyale. La lutte contre le marché parallèle, qui représente 27 % du marché du tabac en France, est un enjeu majeur.

Vous pouvez compter sur ma détermination pour mobiliser tous les moyens de l’État pour lutter contre ce marché parallèle, et engager avec nos partenaires européens des discussions.

Voilà les orientations que je souhaite partager avec vous.

Dans la démarche que j’ai engagée, je souhaite continuer de construire un programme avec vous et de recueillir vos propositions afin de nourrir ma réflexion. Votre expérience et votre parfaite connaissance de votre métier me seront précieuses dans la conduite de celles-ci ».