
Le CNCT alerte sur la publication du rapport KPMG consacré à l’ampleur des marchés parallèles du tabac, une étude exclusivement financée par Philip Morris International (voir le 3 juin).
Bien que ses conclusions soient régulièrement contestées par la littérature scientifique et les pouvoirs publics, ce rapport continue d’être largement relayé par les médias et certains décideurs. Les chiffres du rapport, correspondant à un discours inflationniste et alarmiste de l’industrie du tabac, ont pour unique objectif de disqualifier les politiques de lutte contre le tabagisme. Le CNCT appelle les médias et les décideurs à ne pas se faire les relais d’une stratégie de désinformation par laquelle l’industrie du tabac instrumentalise des marchés parallèles qu’elle contribue elle-même à alimenter.
C’est ainsi que débute un communiqué du Centre national contre le tabagisme que nous reprenons.
Le rapport KPMG est reconnu comme non fiable par les pouvoirs publics
La fiabilité du rapport KPMG est contestée depuis plusieurs années par la littérature scientifique, qui pointe le manque de transparence, les imprécisions méthodologiques du document et l’absence de validation externe de l’étude. Toutes les études scientifiques indépendantes consacrées à l’analyse de ce rapport concluent à son manque de fiabilité. Le cabinet KPMG reconnaît lui-même les limites de cette étude : dans le préambule de chaque rapport, KPMG précise ne pas avoir « cherché à établir la fiabilité des sources d’information ».
Pour ces raisons, les résultats du rapport KPMG sont contestés par les pouvoirs publics, à commencer par la Direction générale des douanes (DGDDI), la Direction générale des finances publiques (DGFiP) ou la mission d’évaluation et de contrôle de la Sécurité sociale de la commission des Affaires sociales (2024).
Les chiffres officiels des marchés parallèles de tabac
De nombreuses études émanant d’organismes publics ont été conduites en France. La dernière en date, financée par les Douanes et la MILDECA, évalue les marchés parallèles à 17,7 % de la consommation nationale. Selon une autre étude, menée par Santé publique France, 80 % des achats de tabac sont réalisés auprès des buralistes, tandis que les marchés parallèles sont essentiellement composés d’achats transfrontaliers légaux.
Les données publiques contredisent directement le récit alarmiste de l’industrie : loin de progresser, les marchés parallèles diminuent en valeur absolue. Ils étaient estimés à 21 772 tonnes en 2012 par l’OFDT, contre 8 081 tonnes en 2023 selon la DGDDI et la MILDECA, soit un recul de près de 63 % (voir 5 novembre 2025).
Pourquoi l’industrie surestime-t-elle les marchés parallèles ?
Dans l’ensemble, les études financées par l’industrie du tabac produisent des estimations plus élevées que les études publiques ou académiques indépendantes. Le discours d’une « explosion des marchés parallèles » est une stratégie régulière de l’industrie du tabac, mobilisée en France comme dans d’autres pays du monde. Systématiquement mobilisé, ce discours vise à contester les politiques de santé publique, en particulier les hausses de fiscalité.
L’industrie du tabac est impliquée dans les marchés parallèles
Cette stratégie de désinformation de l’industrie du tabac est d’autant moins acceptable que l’implication de celle-ci dans l’organisation et la facilitation des marchés parallèles est documentée :
En 2023, le fabricant British American Tobacco a été condamné par la justice américaine à une amende de 629 millions de dollars pour ses activités de contrebande en Corée du Nord ;
Plusieurs enquêtes publiées en 2021 par un consortium international de journalistes d’investigation (OCCRP) ont souligné le rôle des principaux fabricants dans le surapprovisionnement en tabac en Afrique de l’Ouest et leurs liens avec la criminalité organisée.
Les propres données de l’industrie du tabac mettent en exergue les stratégies de surapprovisionnement des fabricants de tabac. En 2024, l’industrie du tabac a approvisionné le Luxembourg à hauteur de 21,5 cigarettes par habitant, soit plus d’un paquet par habitant, fumeur comme non-fumeur. En réalité, 88 % de cet approvisionnement est destiné au marché extérieur (France, Belgique, Pays-Bas).




