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16 Sep 2021 | Observatoire
 

Support de construction identitaire, les volutes de fumée répondent aujourd’hui encore aux attentes adolescentes.

« Quand vous n’êtes pas bien dans votre corps, que votre physique se transforme, que vous êtes en hésitation, certains objets vous permettent comme par magie d’être regardé autrement » analyse Jean-Pierre Couteron, spécialiste en addictologie, dans la suite du grand papier du Monde sur les « ruses de l’industrie du tabac pour séduire les jeunes » (voir 15 septembre).

« Si on vous dit que fumer cette cigarette fera de vous un homme, ou une femme, plus mûr et plus sûr de vous, vous allez franchir le pas. »

•• Le premier contact avec le tabac constitue « une conformation sociale plus qu’une transgression », analyse l’enquête qualitative Aramis, publiée fin 2017 par l’Observatoire français des Drogues et des Toxicomanies  (OFDT). Entre « l’expérience initiatique » et le « passage banal et conventionnel ».

La première clope représente une sorte d’épreuve, de mauvais moment à passer. De nombreux jeunes interrogés ont tous gardé le mot « dégueulasse » en bouche. « Tout se passe comme si le dégoût du tabac était, précisément, ce qui fait l’intérêt de cette expérience : l’enjeu semble en effet d’affronter ce qui révulse et de surmonter une sensation de l’ordre de l’aversion », décrit l’enquête.

•• À entendre Jean-Pierre Couteron, ces attentes adolescentes ne sont pas près de disparaître. Ce qu’il faut, c’est empêcher que le marketing n’y branche des objets dangereux. « C’est un piège dans lequel on ne se voit pas tomber », témoigne Arthur Josseran, 17 ans, fils du président de l’Alliance contre le tabac, Loïc Josseran.

Pour l’instant, le lycéen finance ses roulées en travaillant les samedis matin au marché. Mais, comme la totalité des jeunes fumeurs interrogés, il l’affirme : après les études, c’est sûr, il arrêtera.