
Photo Radio France
Un tabac historique du quartier Montcalm-République de Nîmes met la clé sous la porte. Patrick Vigneron, patron de « La Pipe », est contraint de fermer face à la concurrence déloyale du tabac de contrebande et des cigarettes achetées en Espagne. Nous reprenons l’information de Ici Gard-Lozère.
La porte du bar-tabac « La Pipe », rue de la République à Nîmes, est grande ouverte sur une salle déserte. Un seul client fidèle est accoudé au comptoir, en face de Patrick Vigneron, qui gère le bar-tabac depuis 22 ans : « J’avais un tabac qui faisait, à son apogée, 1,2 million d’euros de chiffre d’affaires, il y a 12 ou 13 ans. Aujourd’hui on est tombés à des chiffres ridicules, je peux même pas vous en parler, j’ai honte », souffle-t-il.
La faute, selon Patrick, à une forme de concurrence déloyale : « J’ai neuf clients sur dix qui viennent encore boire un petit café qui achètent leurs cigarettes ailleurs, parce qu’elles sont moins chères, avec toutes ces épiceries qui ne vendent que du tabac ou de l’alcool frelaté… Derrière, il n’y a pas de suivi de fermeture officielle de la mairie, de décision disant : interdisons ces commerces-là. Et nous, on ne peut plus travailler ! » explique-t-il.
Pourtant, le bar de Patrick est resté ouvert 7j/7 pendant plus de 20 ans, Noël et jour de l’An compris.
À 62 ans, il attend désormais la retraite et s’apprête à brader son affaire, au grand dam des clients fidèles et d’Isabelle, la factrice : « Ça fait mal au cœur, on ne se verra plus ! » Tous les jours, lors de sa tournée, elle pose la même question à Patrick Vigneron : « Quand est-ce que tu fermes ? » La réponse est toujours la même : il ne sait pas. « Mais faudra quand même que tu me dises, si par exemple demain tu ne viens pas ! » Il répond en riant : « Je pense qu’un matin, je ferai mon caca nerveux et je dirai : stop, j’arrête. »
Et avec la fermeture du bar-tabac, c’est encore un commerce de proximité qui disparaît. Une situation qui se répète, selon le comité de quartier Montcalm-République, qui alerte une fois de plus la mairie. Valentine Wolber, adjointe au maire déléguée au commerce, dit prendre en compte la situation : « Il est évident qu’il y a une paupérisation de certains de nos quartiers périphériques », pose-t-elle.
« On n’a pas vraiment de pouvoir pour les empêcher, les faire fermer… Quand il y a des fermetures administratives, c’est la préfecture qui en a la charge et qui le fait selon des critères bien précis », explique l’élue.
« Il faut savoir que nous avons un droit de préemption. Quand il y a une cession, la mairie peut se porter acquéreur du local ou du bail commercial et c’est le cas actuellement : on est en train d’acheter un commerce pour éviter une nouvelle installation qui ne serait pas favorable à la commercialité de cette rue. Requalifier un quartier, une rue, c’est de longue haleine, c’est un investissement qui est fort et il faut le faire avec une vision globale. »
(Voir aussi les 30 août et 6 juin)




